‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 47 sur 97 · A IN AMI · texte numérisé non relu

A IN AMI

Ain :

Ami, plus de promenade.

La pluie à flots tombe ici, Tombe à me rendre malade; Et le ciel n’en a souci.

Comme au roc se cloue une huître Que la mer lave en courant,

Je reste auprès de la vitre,

A voir passer le torrent.

Sous nos humides murailles Que transperce un air malsain,

Je crois sentir les tenailles D’un rhumatisme assassin.

A ce point l’ennui me gagne, Qu’en rêve, dans mon sommeil, Je vole au fond de l'Espagne Pour me sécher au soleil.

Au pied d’antiques arcades, J’ai, sur ces bords étrangers, Des tentures de grenades Sous des voûtes d'orangers.

J’y vois fuir l'année entière, Loin des brouillards importuns, L’œil enivré de lumière Et le cerveau de parfums.

Mais, las de pèche et de chasse, L'Esquimau revient joyeux Subir, sous son toit de glace,

La plus longue nuit des cieux.

De mon rêve je m’ennuie :

Adieu, ciel pur; adieu, fleurs.

Retournons, malgré la pluie,

Aux bords où j'ai tous mes pleurs.

Je reviens où, tendre et folle, Ma jeunesse a tant chanté;

Où le génie est l’idole Qu’encense l’Egalité.

Dieu! notre ciel se dégage.

Ami, viens, puisqu'il sourit.

Viens; nous irons au village Voir si l’amandier fleurit.

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