‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 2)Chapitre 48 sur 97 · A MES VIEUX AMIS · texte numérisé non relu

A MES VIEUX AMIS

Am de la République.

Vive Paris, le roi du monde!

Je le revois avec amour.

Fier géant, armé de sa fronde,

Il marche, il grandit chaque jour.

Sur cette rive enchanteresse,

Grain tombé de l'humain semis,

Je viens retrouver ma jeunesse, Retrouver tous mes vieux amis.

Que de palais! que de portiques, D'églises, de quais, de bazars, De théâtres, d’arcs héroïques, De colonnes, tributs des arts!

Des arts qui pour leur capitale Partout à l’œuvre se sont mis !

Comment, dans ce pompeux dédale, Retrouver tous ses vieux amis?

Ces monuments sont notre histoire.

Grâce à chaque fait retracé,

A. de nouveaux rêves de gloire Sourit la gloire du passé.

Dois-je ici féconder mes veilles?

J’en doute, mais point n’en gémis, Puisque au sein de tant de merveilles On retrouve ses vieux amis.

Ce grand Paris, plus d’un l’accuse De rire même de ses maux.

Il rompt plus de jougs qu’il n’en use, Tient moins au bon sens qu’aux bons mots.

L’en reprendre est à faire au sage.

Bénissons Dieu d’avoir permis Qu'au milieu d’un peuple volage On retrouvât ses vieux amis.

Mes vieux amis, oui, je les trouve Réunis tous pour me fêter.

C’est le bonheur que j’en éprouve,

Paris, qui me fait te chanter.

Dans l’absence le cœur sommeille;

Les souvenirs sont endormis.

Ce jour à jamais les réveille :

J’ai retrouvé mes vieux amis.

LES GRANDS TROJETS

Am :

J'ai le sujet d’un poème héroïque; Qu’avant dix ans le monde en soit doté.

Oui, le front ceint de la couronne épique, Dans l’avenir fondons ma royauté.

Mais mon sujet prête à la tragédie;

J’y pourrais prendre un plus rapide essor.

Dialoguons, et ma pièce applaudie M’enivrera d'honneurs, de gloire et d’or.

La tragédie est un bien long ouvrage ;

L'ode au sujet comme à moi convient mieux.

Iliche d’encens, elle en fait le partage Aux rois d’abord, et, s’il en reste, aux dieux.

Mais l'ode exige un trop grand flux de style ;

Mieux vaut traiter mon sujet en chanson.

Dormez en paix, Pindare, Homère, Eschyle;

J’ai rêvé d’aigle et m’éveille pinson.

Sans s’amoindrir quel grand projet s’achève?

Plus d’un génie a dû manquer d'entrain.

Ainsi de tout. Tel qui restreint son rêve A des chansons, laisse à peine un quatrain.

CHANSONS DE BÉRANGER

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