TOURTERELLE ET LE PAPILLON
AiB :
LA TOURTERELLE
Vous gémir, papillon charmant!
D*où vous peut venir la tristesse?
Nature avec délicatesse Vous brode un si beau vêtement !
Des plaisirs vous êtes Temblème.
Près de la rose qui vous aime, Vous gémir, papillon charmant!
LE PAPILLON
Tourterelle, chère aux amours.
Hélas! j'ai perdu mon amie :
Un enfant Ta prise endormie
Sur un lis, et voilà trois jours.
Tout m^est deuil, deuil sans espérance.
Qui sent mieux (jue vous ma souffrance, Tourterelle, chère aux amours?
LA TOURTERELLE
Beau papillon, consolez-vous :
Vous plairez à d'autres amantes.
Les tourterelles sont aimantes.
Mais sans excès pour leurs époux.
Si Tun part, d'un autre on s'affole.
Meurt-il, on pleure et Ton convole.
Beau papillon, consolez-vous.
LE PAPILLON
Tous deux ensemble étions éclos ; Ensemble avions pris la volée.
Tous deux allant par la vallée.
Par les champs, les prés, les enclos.
Dans Pair nous nous touchions de Taile, Je ne sais pas vivre sans elle.
Tous deux ensemble étions éclos.
LA TOURTERELLE
Quoi ! les papillons sont constants !
Et c'est nous qu'on prend pour modèles!
Même, il se peut qu'ils soient fidèles :
Le papillon vit peu d'instants.
Fiez-vous donc aux vieux adages !
Les tourterelles sont volages, Et les papillons sont constants * !
* Pigeons, colombes, tourterelles, après un mûr examen, ne répondent nullement à Tidée qu'on s'est faite de leur constance en amour^ m'ont assuré des observateurs scrupuleux, entre autres plusieurs dames. La poésie seule, toujours disposée à* entretenir les vieilles erreurs, fait encore de ces oiseaux des 8]paaboles de fidélité matrimoniale.
Quant au papillon, sans doute parce que les anciens en ont fait la représentation de Tàme humaine, la poésie Ta accusé et Taocuse encore d'inconstance : c'est une calonmie. Ces jolis insectes vivent, sans promiscuité, dans une union conjugale dont les hommes donnent trop peu d'exemples. Au milieu d'un essaim de leurs pareils, le mâle cherche toujours l'objet de son unique et premier choix. Un petit papillon bhinc est surtout remarquable par l'intimité de chaque couple. Voyez-vous ïwi des deux ; l'autre est tout près, soyez en sûr. Dans leur vol, ils ne s'écartent que pour se rapprocher. C'est en les observant que j'ai conçu ridée de rétablir leur réputation, au risque de contraindre l'École de Fourier de donner un autre nom k la passion que le maître a appelée la papillonne.
DE BÉRAN6ER. 173