A UN AMI
Aib:
Mon vieil ami, dans ma retraite, Près des bois, demain, je t'attends.
Viens faire un dîner de chambre tte, Comme aux jours de notre printemps.
Nous jaserons de mainte chose :
Des gens de cour, de Témeutier; Des vers et surtout de la prose.
Reine aujourd'hui du monde entier.
Puis nous parlerons de la guerre :
L'aurons-nous, ne l'aurons-nous point?
Sur le journal, je ne vois guère Que des rois nous montrant le poing.
Tout en prévoyant des batailles.
De pitié pourtant je souris,
Quand je pense aîux tristes murailles Qui vont emprisonner Paris.
Ah I pour sauver la ville sainte, Fiez-vous au peuple d'en bas; Que, bien armé, dans son enceinte, Il veille et reste Tarme au bras.
Quel traître devant ses cohortes, Paris bien ou mal retranché.
Oserait en livrer les portes.
Fût-il T ouF....é?
Guerroyer fut notre manie ; Mais aujourd'hui je reconnais Qu'on doit mater la félonie De l'oppresseur des Polonais.
Non moins félon, l'Anglais si rogue Voudrait bien, encor cette fois.
Nous endormir avec la drogue Qu'il ne peut plus vendre aux Chinois
Anglais, bien que nous tromper serve A désennuyer ton orgueil.
Mieux vaudrait voguer de conserve :
Tu dois craindre plus d'un écueil.
Tes possessions, que sont-elles?
Des cerfs-volants que tient ta main.
L'aquilon rompra leurs ficelles.
Prends garde : il peut souffler demain.
Qu'avec honneur nous berce encore
La Paix, mère de tous les biens.
Dans les camps pourraient nous éclore
De trop redoutables soutiens.
La gloire est là si despotique !
Nul éclat au sien n'est pareil.
liberté ! ton arbre antique
Croît mieux à l'ombre qu'au soleil.
Ami, qu'en dit-on à la ville?
Réponds, écho digne de foi.
Dans les bois que l'automne épile, Viens-en deviser avec moi.
Viens, tandis qu'un peu de feuillage Du froid cache encor le retour.
Ah ! qu'il est loin, cet heureux âge Où nous ne parlions que d'amour!
il6 CHANSONS