‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 3)Chapitre 74 sur 97 · LE SAVANT · texte numérisé non relu

LE SAVANT

Air :

Un bon vieillard consullait une sphère.

A rêver vingt fois il se prend.

Vient un savant qui le regarde faire,

Et dit tout haut : Pauvre ignorant!

Apprends de nous les secrets que tu sondes,

Si tu n'es le fou qui, dit-on, Traite de fous ceux qui pèsent les mondes

Dans la balance de Newton.

A ce propos le vieillard de sourire :

L'attraction m'a peu séduit; N'en parlons pas; mais vous, daignez me dire

Gomment la chaleur se produit.

Dans tout système, un seul fait qu'onignoro

Doit tenir le doute en éveil.

Or il vous reste à deviner encore

La grande énigme du soleil.

Vos devanciers vous ont dresse T échelle :

Montez; ils vous tendent la main.

Faites qu'à tous votre savoir révèle

Un progrès de Tesprit humain.

'-y Qui ne connaît jusqu'au moindre cratère

Ce monde orphelin de ses dieux?

Nous n'avons plus d'inconnu sur la terre,

Il nous faut l'inconnu des cieux.

Trop longtemps l'homme à la taille du globe

De ses dieux borna la hauteur.

Creusez le ciel ; que rien ne nous dérobe

L'œuvre sans fin du Créateur.

Le mouvement part de sa main féconde :

Suivez-le, mais les yeux ouverts, Et révélez à notre petit monde

Le Dieu de l'immense univers.

Au sentiment accordez une place. . .

 ces mots le savant s'enfuit.

Ce fou, dit-il, aurait besoin de glace.

Le sentiment n'est qu'un produit.

Mais le vieillard lui crie : A tort, vous dis-je,

Xa mécanique est votre loi ; C'est Dieu lui seul, oui, c'est Dieu qui dirige

Tous ces globes où l'homme est roi.

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