‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 3)Chapitre 75 sur 97 · POUR MON ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

POUR MON ANNIVERSAIRE

Am :

Je cultivais un coin de terre

Dont les ombrages m'enchantaient.

Là; quand je rimais solitaire,

Dans mes vers mille oiseaux chantaient.

Me voilà vieux; plus rien n'éveille

Ces bosquets jadis si peuplés.

En vain Técho prête Toreille :

Tous les oiseaux sont envolés.

^uel est, dites-vous, ce domaine?

Eh! mes amis, c'est la chanson, Où mon vieil esprit, hors d'haleine, €ourt battre en vain chaque buisson.

De mes ans sur l'enclos modeste Les frimas sont accumulés ; Pas un roitelet ne me reste.

Tous les oiseaux sont envolés.

Que le riche été se couronne Des épis que nous attendons ; Qu'à nos yeux rougisse Tautomne, Plus d'oiseaux pour chanter leurs dons.

En vain le printemps ressuscite Les fleurs sur nos bords consolés ; Lorsqu'à chanter l'amour invite, Tous les oiseaux sont envolés.

C'est mon hiver qui les effraye ; Ils ne reviendront plus au nid.

J'en juge aux vers que je bégaye Quand l'amitié nous réunit.

Ântier, toi que mieux elle inspire, Chante nos beaux jours écoulés; Trompe l'écho prêt à redire :

Tous les oiseaux sont envolés.

DE BÉRAN6ER. 301

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