L’ENRHUMÉ
Note LXXXVIII. — Au sous-titre. — Voici encore un vaudeville dans l'ancien genre. Celui-ci n'eut de succès qu'au tribunal et par une circonstance assez singulière.
L'auteur avait mis à l'avant-dernier couplet ;
Mais la Chai te encor nous défend.
Du roi c'est l'immortel enfant ;
. Il l’aime, on le présume.
Oui, ma-'s papa, gardant la dot,
Traite sa tille comme Lolh.
L’imprimeur fut effrayé par ces ilcux méchants vers, auxquels Béranger tenait peu, et demanda qu'on les laissât en blanc. Conlie son habitude, l’auteur s'empressa d’y consentir, voyant bien quel parti la malice publique tirerait de cette lacune. 11 ne s’était point trompé, et ces blancs furent matière à la plus vive accusation de la part de Marchangy. Rien de plus plaisant et en même temps de plus odieux que de l’entendre accuser le silence de l’auteur â propos de ces deux lignes de points. Dupin tira un excellent parti de ce passage du réquisitoire.
Réranger n’eut jamais envie de rétablir les deux vers, tant ils lui semblaient au-de.ssous de l'idée que le publie s’en était faite
Les deux ministres nommés dans le cinquième couplet sont MM, Siméon et Pasquier. (.Vo/e île Béranger.)
i.iuelqiies personnes, dans le silence de l’auteur, avait siipplé<‘ ainsi aux vers manquants :
Que (lis-je? moi j’en suis cei-toiu ;
M.(is les ultras n’en croiront rien.
((Vote ik VÉiUevr.)
LA FAUIIIONDAINE
Note I.XXXIX. — .4» sons-IHre. — |,e préfet ‘le police Angles e|
Il K llKll ANGKr..
(uns ses successeurs oui déclaré la guerre aux réuiiious cliantaules. Celles qu’on nomme goguettes, presque uniquement composées d'hommes d'industrie et de commerce, et même d'un grand nombre d'ouvriers, sont surtout l'objet des craintes de ces magistrats. Le patriotisme anime ces réunions, mais il n'en est pas le seul esprit. On serait étonné de la quantité de jolis couplets, même de chansons piquantes et correctement tournées, qui, chaque année, sortent de ces réunions, qui, presque toutes, ont lieu au cabaret ou dans les guinguettes aux portes de l’aris. Béranger a dû en grande, partie la vogue dont il a joui à l'espcce de culte que ces sociétés professaient pour lui. 11 devait donc prendre parti en leur faveur quand parut l'ordonnance de M. Anglés. Rien de plus ridicule que cette ordonnance, qui mit le trouble dans ces joyeuses réunions. Les oiseaux, d'abord effarouchés, revinrent bientôt à leurs habitudes, et, à force de ruses innocentes, éludèrent les dispositions vexatoires et firent résonner de nouveaux chants.
Troisième couplet :
A Sa Grâce il fait peine.
Allusion à Wellington.
(Juatriéme couplet :
Que dirait de mieux Marcluuigy
Cet avocat généial fut, sans contredit, le plus infatigable inlerpiaitatcur. Il employait à ce métier tout ce qu’il pouvait avoir d’esprit. Toutefois ce qu'il faut surtout lui reprocher, c'est sa conduite dans l'affaire des quatre malheureux sergents de la Rochelle, dont le pins Agé avait vingt-six ans. (.\«(e de Héranger.)
Non: XC. — .tii ioiis-litre. — Béranger connaissait foil peu madame Dufrénoy lorsqu'il fit cette chanson pour la remercier de l'envoi de scs poésies. Cette dame lui en prouva sa reconnaissanct; eu célébrant sa )>remiére captivité. Il lui savait surtout gré d'êire restée femme dans des vers dont la sincérité n’est certes pas le seul mérite. Pourtant il reconnaissait ifu'ils auraient besoin de plus de travail; mais c'est ce dont les femmes poètes ne sont presque jamais capables. In peu plus de travail est peut-être toulc(! i|ui manque aussi aux vers de madameTastu,qui jouit maintenant d'une réputation si méritée et pour le moins égale A celle que madame Dufrénoy cul de son temps. Mademoiselle Delphine Gay ’ fait mieux le vers que ces deux dames; mais il lui manque d'autres qualités qui semblent être leur partage, ('.'est au moins le jugement qn'cn portent plusieurs personnes et qu’en portail
* .Uudaine Émile de Girardiii.
iH‘> NOTES
Béranger lui-iiiéiiie. l)u reste, il ne croyait pas les femmes propres aux soins mécaniques de la versiflcation, qui, selon lui, étaient un grand élément de la durée du succès. Il disait toujours ; • Malheur à qui n’est pas bon ouvrier! Mais aussi malheur à qui n'est que cela! » {Soir dr Béranger.)
LE BON IIIEB
Notk XCI. — Au tilrr. — « Est-ce ainsi que l’Inton parlait de Bien? » s'écria, à propos de celte chanson, Harchangy ilans son réquisitoire. Non, certes; mais .Aristophane ne pailait pas des dieux comme Platon. Béranger, dont la croyance en l'.Auteur de la nature ne put jamais être mise en doute, puisqu’elle est attestée jiar une continuelle inspiration qui perce dans ses moindres productions, et par l'espèce de profession de foi qu'il ne cessa de faire à cet égard, Béranger, en faisant la chanson du Bon Dieu, n’eut pas l’idée de commettre une impiété, il s'en faut. Il prit, celle fois. Dieu comme nos religions l’ont fait dans la tête du iieuple, et non comme lui-même l’avait conçu. C’est cette idole grossière qui lui servit de cadre pour des couplets dont la morale, après tout, est plus en rapport avec l’Évangile que celle de nos jésuites intolérants. Marchangy le savait, mais c’était ce qu’il poursuivait dans la popularité de celte chanson. {Sole de Béranger.)