LES GRANDS PROJETS
Am :
J ai le sujet d’un poème héroïque ; Qu'avant dix ans le monde en soit doté.
Oui, le front ceint de la couronne épique, Dans l'avenir fondons ma royauté.
154 ItEh.MKKKS CHANSONS DE BÉllAMIEH
Mui» mon sujet petite à la Irajîédie;
J’y pourrais prendre un plus rapide essor.
Ilialo'uions, et rua pièce applaudie M’enivrera d’honneui’s, de gloire et d’or.
La tragédie est un Lien long ouvrage;
L’ode au sujet comme à moi convient mieu.\.
Riche d’encens, elle en fait le parUige Aux rois d’abord, et, s’il en reste, aux dieux.
Mais l’ode exige un trop grand flux de style; Mieux vaut traiter mon sujet en chanson.
Dormez en paix, Pindare, Homère, Eschyle; J’ai rèvè d’aigle et m’éveille pinson.
Sans s’amoindrir quel grand projet s’achève?
Plus d’un génie a dû manquei- d'entrain.
Ainsi dt* tout. Tel (|ui restreint son rêve k des chansons, laisse à peine un quatrain.
LA riLLK nr iharli:
\iii ilu ilrs IN(>rro|>.
bans nn casicl anx Uirds do l’Aisno, l'n soir, voilà coid ans ol plus.
Devant la lielle eliàlelaiiK-,
Lu moine (Usa il Wingehis.
Il tombe en extase. O merveille !
L'esprit tient son corps entravé.
Puis le saint homme se réveille Kn s'écriant : n II (‘st sauvé 1
« — Qui donc? dit la dame an Ikhi Père.
— Satan, ma fille; il rentre an ciel.
Le Christ a su rie la vipère (]lianf;er tons les poisons en miel.
Pour le voir, j’ai du ffrand prophète Pris le char au brûlant essieu.
IiEliMKKES CHANSONS
l,a loi d’amniir osl satisfaite; l-e ciel s’agrandit : Gloire à Dieu !
« Satan, sons les traits d'un jeune liomiiie, L'an où la comète apparut,
Surprit une vierge de Rome (.lui le rendit père et mourut, laii pèn', et père d’une fille!
Il la prend et d’un ton amei- Lui dit : « Pour tout bien de familb*
« N’attends ifu’une part de l’Eiifei-. »
U Mais l'enfanl semble lui souriie.
Il s'en émeut ; « Se pourrait-il .. nio» tyi’an, calmant son ire, a Voulût adoucir mou exil ?
K A sa haine Itieu faisant li ève,
« (luelcjue espoir me fût-il rendu,
« (iomuieut sauver la fille d’fi\e V De ce mouile (pie j’ai perdu'''
» Lluoi ! des pleins mouillent ma paupière!
I' Pleurer, moi ! Diini me le défend.
•I Si je savais une prière,
« .le la dirais pour celte enfant.
•I ïivs-llaul, (pi'a bravé mou audace,
« Si nu’s maux ne te sjilisfont.
Il (ju’au ciel un jour ma fille ait plac«‘,
« Et fais-moi l'Enfer plus profond ! »
« Est-ce le l oseau que Dieu brise"?
Maudirait-il la tille? Oh! i)on,
UK liKtiA.NGF.n. IUT
enraiit qu'on poiie à l’ôglisf Do Mario a ivçii le nom.
Klle (*st remise en des mains pures.
Il s'y connait, le tentateur (.lui couvrit de tant de souillures l.e cher-fr(t‘uvre du Créateur.
« k l’Enfer Salau infidèle Veut voir Marie, et, chaque jour,
Se déguisant mieux, sent près d’elle Son cœur renaître au pur amour.
La caresser, il l’ose à peine.
Craignons, dit-il, de la flétrir.
Eden a vu, sous mon haleine.
En un jour ses roses mourir.
« .Sur lui bientôt règne Marie, Colombe dont il suit l'essor.
Tout haut pour son père elle prie.
Et fait aumône de son oi'.
Même il lui révèle des charmes Contre les maux qu’on peut guérir :
Tant le triste auteur de nos larnu.'s Se plait à les lui voir tarir.
a Marie, à quinze ans, sainte et belle.
Est admise à communier.
Il tremble. Fille du rebelle.
Si Dieu l’allait répudier !
■Mais de l’église elle est la joie.
Pour la voir, il court se tapir
DKRSlf:i'F.> UllANSO.NS
Dans l’orgue, qui soudain envoie Jusqu’au ciel un profond soupir.
J Sitôt qu’à genoux et bénie Elle a pris le pain rédempteur.
Satan mêle à flots l’harmonie Aux chants du temple insi)irateur.
Sous s;i main l’orgue austère et tendre >"a plus rien d’un monde mortel;
Et les anges, pour mieux l’entendre, Ueseendent jusque sur l’aulel.
« Mais, dans ces pompes de l'Église.
Marie et cJiaucelle et pâlit.
.Son cœur, trop plein de IVieu. se brise; Sa foi la tue et l'ernhellit.
Elle tombe aux liras do son père.
Fait homme, il se trouble d'abord.
Comme un de nous se désespère,
El sent tout le mal de la mort.
.. Elle n’est plus. Amour, science, llien n'y peut : Dieu le voulait doue.
Satan n’eut jamais de souffrance (Jui comiitàt plus pour son pardon.
Va-t-il sur la foule attendrie Renverser les murs du saint lieu’/ iNon, il voit l'âme de Marie Remonter brillante à son Dieu.
« S’il lui cache quel est son père,
« .\bl dit-il, (pie Dieu soit liéni
DK DK R \. ND Kit.
ir.‘t
» Dans mon loyanme, atlVcux repain*,
« Retombons seul, pauvre banni.
Là, s’accusant à ses complices Üe sa révolte et de leurs loris.
Il souffre de tous les supplic<*s.
Il saigne de Ions les remords.
« Pour tnoi, seule éloilt* cpii bi'ille K Itans ce. ciel que Dieu m'a fermé, « Pour moi, dit-il, prie, ô ma fdlel « Prie, é toi qui m’as seule aimé ! »
Mais an ciel le Christ, qui l'écoute.
Voit aux éternelles douleurs Quel poids le repentir .ajoute;
Et ses yeux en versent des pleurs.
.< Un de ces pleurs, sources lécondes.
A travers l’amas des soleils,
A travers la foule des mondes Aux sombres nuits, aux joui’s vermeils.
A ti avers tout l't'space immense Que Dieu peupla dans un instant.
Ce pleur de céleste clémtince fombe sur le cÆur de Satan.
« El soudain rarchange reljelle Reprend sa gloire et sa beauté,
El, d’un seul élan de son aile.
Prés du Christ il <!sl remonté.
Marie est là pour lui sourire; ll'amonr pur il est aiiriaivé.
Itrn.MKItKS CH A.NSti \S
l^c mal fiiliii |N‘itl son oinpirc :
l.ii lill»! (l’Kvt* a toiil sanvô. w
l.t! Ikiii moine, après celte histoire, l’oiirsiiil : « Les temps sont révolus.
L’Enfer n'est plus qu'un l’ui'fialoire D'où l'oit entrevoit les élus.
J'ai chanté sur le char d Elie,
Avec, les séraphins joyeux.
La Vier^ie tpii réconcilie
■Saints et pécheurs, enfers et cieux.
■I .Madame, à pied je pars |M»ur Borne, (iomme a fait saint Paul autrefois.
Pour prêcher sur le sort de l'honnne.
Le pape déliera ma voix.
Le, Lhrisl veut qu'en ces murs célébrés J'aille annoncer aux cieurs aimants (Ju'il n'est plus d'anf{es des ténèbres, t.hi'il n'est plus d’éternels tourments. »
LES VOYALES
.Am :
Il Viens, m'ont dit viiiftl chars rapides Le l'eu nous pousse à travers Bois éjKiis, cités splendides.
Monts et prés, champs et déserts.
Ul
Faisant honte aux hirondelles.
Tu croiras, sur nos essieux,
Que la terre a pris des ailes Pour passer devant tes yeux.
« Viens, me crie un beau navire.
Voir l’homme en tous les climats, \’üir en f^errne quelque em))ire, lies ruines voir l'amas.
Par un capricA^ de Fonde,
Tu peux, voguant avec moi,
Ajoutei' un nouveau inonde .\ ceux dont le nôtre est roi.
.( Des astres je, sais la route.
Viens, ilit un aérostat;
.Monte à la c '‘leste voûte Pour en juger mieux l’éclat ;
.Sur maint prohlème à résoudre.
Dans mon vol audacieux.
Viens au-dessus de la foudre Sonder Fahinie des deux. »
Partez tous. Ici je reste,
Heureux d’un monde borné, D’oiseaux, de fleurs, monde agreste.
D’ombrages environnés.
Quand la nuit étend son voile Et qu’au ruisseau transparent Vient se mirer une étoile.
Oh 1 que l’univers est grand !
DF.IiMtRKS t HANSONS