‹ Dernières chansons de P.-J. de BérangerChapitre 56 sur 119 · L’AVENIR DES BEAUX ESPRITS · texte numérisé non relu

L’AVENIR DES BEAUX ESPRITS

.Vin : C'est à mon inaitre en l’ai't do pluiiT.

Beaux esprits, adieu votre gloire.

(Juaiid, unis par un droit conumiii, De leur passé perdant mémoire,

Tous les peuples n’en feront qu’un.

Poèmes, chants, drames, harangues, Sermons de sages et de fous.

Dans la confusion des langues, Verront leurs échos mourir toii.s.

Chaque langue, obscure en .sa source.

Messieurs, est le fleuve natal Dont votre barque, dans sa course, Doit subir le courant fatal.

Dès que lauriefs, pampres et roses Viennent pavoiser votre bord,

IIKIUMKKES CHANSONS

Vous rêvez aux apolliéoses Qui vous altendenl dans le porl .

Mais qu’un jour ce fleuve se mêle Aux eaux du confluent liumaiii, '

Quel esquif ne sera trop frêle Pour s’y frayer un long chemin?

Là, sous des étoiles nouvelles,

Aux afflux de cent régions,

On verra sombrer vos nacelles Dans l’océan des nations.

Si quelque chant, si quelque page , Échappe à tant de flots vivants.

Pour en déchiffrer le langage, Entretiendra-t-on des savants ?

Majestés des Académies,

Vous serez, pour les curieux,

Muettes comme les momies Que le Loiivre étale à nos yeux.

Beaux esprits, ce grand monde à riaitie, Monde par nous prophétisé.

Que gagnerait-il à connaître Les vieux titres d’un monde usé?

Rien ne lui peut être un modèle.

D’où je conclus dés aujourd’hui Que, sur la cime où Dieu rapi)elle,

Soi voix n’iront pas jusqu’à lui.

I>E Bi;iiAM;Eli.

LA l'HÉDICTlON

Air ;

Itilisüii, sibylle du sage.

Qu’on inlerroge trop tard,

Me vient dire : « A ton voyage Dieu va mettre lin, vieillard.

Prends ton bâton, ta musette;

Fais tes adieux, et, bon pas.

Va revoir chaque Lisette Qui t’a devancé là-bas. »

Laietc, persévère ;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ; i Eh! vile en chemin ! )

liaison, la grondeuse, ajoute :

« L’est trop, passer soixante ans.

Fais ton dernier bout de route ; llomps enfin avec le Temps.

Pour toi tout se décolore ;

Vois le soleil qui pâlit.

Quelques pas à faire encore Vont te conduire à ton lit. »

Gaieté, jiereévére;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Fil ! \ile en chemin !

il)

DE II .Ml'. UES CHANSONS

l'rétliclion qui iirenclKiiite !

O monde esl dier de loyer.

(Jiiittoiis le coin où je chante Pour chaque terme à payer Itüis, cités, champs et prairies,

Si j’ai récolté' chez vous.

Des fleurs de mes rêveries J’ai fait des bouquets pour tous.

Gaieté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre;

Eh! vite en chemin!

Je n’emporte en ma mémoire Que rima;;e des beautés (Jui, mieux qu’une sotte gloire, M’ont fait des jours enchantés.

Passé le temps des amantes,

Dans mes soirs, j’ai bien des fois Cru voir leurs ombres channantes Rire et danser à ma voix.

Gaieté, ^MM'sévére ;

Amis, voire main.

Lise, emplis mon verre i Eh ! vite en chemin !

Un seul héritier me presse ;

C’est un chantre adolescent.

La lampe de ma vieillesse Offusque son jour naissant .

Des chansons il veut l’empire;.

D’Yvetot faisons-le roii

r>E ni^ R A NC En.

Kn passant allons lui dire :

« Je pars; le trrtne est à loi. ..

(îaielé, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Kh ! vite en chemin !

Que m’importe votre monde.

Ses aquilons, ses autans.

Ses vieux rocs, sa mer qui gronde,

La fleur qui manque au printemps !

De tout jeunesse s’arrange ;

Mais, las des ans, je m’en vais.

Pétri de sang et de fange.

Ce globe sent trop mauvais.

Gaieté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh ! vile en chemin !

Adieu! J’achève ma coui’se.

Lt* ciel s’accourcit d’autant On’il voit au fond de ma bourse tlombien peu j’ai <le comptant !

Amis, (|uittez cet air morne.

Je pars, mais avec l’espoir, tjuand j’aurai passé la borne.

De vous crier : « Au l'evoir ! »

Gaieti', persévère;

Amis, votre main.

Lise, emi)lis mon verre ; ,

Ehl vile en cjiemin ! •

ItRIlMKnF.S r.llANS(t\S

A l'flOIMlS DK LA DKPHKCIAT10A DK CK MKT VI.

Am ; Do, ilo, IVnfaiU do. ou-.

Siècle qui cours sur des débris.

Toi qui des rois creuses l’.Abime, Siècle qui prends tout à mépris.

Quoi! l’or lomb<î aussi ta victime!

Chaque heure en abaisse le taux ; C’en est l’ait du roi des métaux.

L'or, l'or est pour rien ;

Vous en aurez, hommes de bien.

bix.

Du désert aux Russes fatal ‘, Surtout <le la Californie,

Déborde à grands flots ca; métal Sur 1e vieux monde à l’agonie Ln tel déluge met, hélas!

A l’aumône tous nos Midas.

L’or, l’or est pour rien ;

Vous en aurez, hommes de bien.

’ La Sibérie, où sont les monts Oiinils, riches en or, et où le czar envoie ses sujets en exil.

Il n'est pas nécessaire de parler des merveille- de la Californie. [Sole lie Bininfier.)

DE BÉI'.AXGEn.

Que d’avares se sont pendus !

Que d’orfèvres meurent de crainte!

Vite aux lingots qu’elle a fondus La Monnaie en vain met rempreinl(>.

Ou verra, si nous en créons.

A deux sous les napoléons.

L’or, l’or est pour rien ;

Vous en aurez, lioinmes de bien.

Philosophe, ,à tort tu prétends Qu’il a mérité sa débâcle.

Si son culte a de temps en temps Mis sots et fripons au pinacle.

L’or nous a fait plus d’un liaroii ;

Même on lui doit M. V

L’or, l’or est pour rien;

A’ous en aurez, hommes de bien.

Mais sous le règne des gros sous Croit-on qu’un romancier travaille?

Chastes beautés, soiinVirez-voiis Que l’amour s’escompte en mitraille?

Quels avocats*, sans voir de l’or.

Pourront calomnier encor?

L’or, l'or est poni' rien :

Vous en aurez, hommes de bien.

K U attendant les assignats, Chiffonniers, que d’or dans vos bot te- 1

* l.'uuleui' ne parte ici que de ccrlaiiis avocats qui foui lialiituellemciil coinnierce de caloiniiies. iNn'r rfe Bérmipi'r.'

iO.

ItER.MKIlF.S chansons

Tous nos ministres auvergnats De clous d’or vont garnir leurs hottes.

Des veaux d’or du culte détruit Forgeons-nous des vases de nuit.

L’or, l’or est pour rien ;

Vous en aurez, hommes de hien.

Malheureux or, dieu qui pour moi .\s toujours l'ait la sourde oieille,

.le t’aimais sans subir la loi.

Kl pour toi ma pitié s’éveille.

Dans mon taudis, dieu rebuté.

.le t’ofl're l’hospitalité.

L’or, l’or est pour rien; ^ Vous en aurez, hommes fie bien. >

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