‹ Dernières chansons de P.-J. de BérangerChapitre 9 sur 119 · LE C11EV.\L ARABE · texte numérisé non relu

LE C11EV.\L ARABE

Am H'Agélinc; <j« ; Air nouveau ite M. !.. AiiAnm.

Mon beau cheval, oui, je viens de le vendrtî.

Moi, pauvre et jeune, officier sans crédit,

A ce vieux juif qui va venir te prendre !

Ob ! du destin c'est moi qui suis maudit !

Contre un peu d'or, hélas! c’est pour ma mère. C'est pour mes sœurs que je vais t'échanger.

De mon chagrin si tu pouvais juger,

Tu pleurerais comme un coursier d'Homère.

Mon l»el aralje, adieu! Sans toi, demain, )

lits.

Ma noble mère irait tendre la main. )

Mère adorée! ah! relisons sa lettre :

« Napoléon, nous qui faisions le bien,

(I De notre toit le ciel vient de permettre « 0"’on nous proscrive, et nous n’avons plus rien .

« Songe aux tourments qu’en secret je dévore ; U Pense à tes sœurs, à tes frères, à moi.

« Matin et soir nous prions Dieu pour toi.

« S’il te bénit, il nous protège encore*. »

Mon bel ai-abe, adieu ! Sans toi, demain.

Ma noble mère irait tendre la main.

Je l'achetai sur le port de Marseille,

D’un Levantin qui se promenait là.

Ton dos cambré, ton inquiète oreille.

Ton œil de feu, tout pour toi me parla.

•Aux Mamelouks, cavaliers inti-épides.

Des cheiks du Nil l’auront sans doute offert : Ou, compiJgnon des chameaux du désert.

Tu reposas aux pieds des Pyramides.

Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain.

Ma noble mère irait tendre la main.

En te montant, que j’ai l’ànie saisie Du grand projet qui m’occupe toujours!

Cherchons, me dis-je, oui, cherchons en Asie La gloire, un rang, des combats, des amours.

Où Bagdad rampe, où régna Babylone,

Même aujourd’hui le plus simple officier

* En 1793, madame Lælitia fut obligée, avec toute sa famille, de fuir la Corse, où le parti fi-ançais avait le dessous ; elle se réfugia à Marseille dans un grand étal de gêne, quoi qu’en aient dit quelques-uns de ses enfants, qui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, ne. pensaient pas comme celui qui fondu leur fortune. Napoléon ne fit jamais mystère de ses temps de pauvreté. (Note de Béranger.) '

ii DER.MftnF.S CHANSONS

Pont dire oncor, n’eût-il que son ronrsicr :

Tyran, à moi ta sulRino et ton trône!

Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain,

Ma noble mère irait tendre la main.

Que Dieu me donne un monde par la guerre.

J'en ferai part à mes frères cliéris ;

Sons mon soleil ton pied fera de terre Sui-gir des rois à mes sœurs pour maris.

Je veux un règne à faire oublier Rome,

Dût-il finir par d éclatants malheurs.

Ah ! je suis sûr qu'en me donnant des pleurs. Le peuple alors s’écrierait : Le pauvre homme ! Mon bel arabe, adieu ! Sans loi, demain.

Ma noble mère irait tendre la main.

Tu hâterais ma course triomphale;

Kt je le vends quand l'Europe prend feu.

■\olre Alexandre a vendu Bucèphale,

Diront ces chefs que je flatte si jieu.

Mais vont s’ouvrir bien des roules nouvelles; L’auliipie France a Iremlilè sous mes pas.

Pour me porter où d’autres n'iront pas,

A Ion défaut, je sens que j'ai des ailes.

Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain.

Ma noble mère irait tendre la main.

Moment fatal! le juif est à la porte.

\h! qu'il le trouve un maître plus heureux Ma mère attend tout l'argent ipi'il m'apporte. Pi ur abriter ses enfants si nombreux.

Séparons-nous ; mais, va, tu peux m’en croire. Si quelque jour, devenu général.

Je te rencontre, ô vaillant animal !

Je te rachète au prix d’une victoire.

Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain.

Ma noble mère irait tendre la main.

Bû.

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