‹ Dernières chansons de P.-J. de BérangerChapitre 8 sur 119 · MOIS JARDIN · texte numérisé non relu

MOIS JARDIN

A LA ORENAniÈRE, PRÈS OE TOURS

Ain : Quand des ans la fleur prinUiniére.

Avec Dieu bien souvent je cause ;

Il m’écoule, et, dans sa bontt‘.

Me répond toujours quelque chose Qui toujours me rend la gaieté.

Bien triste, un jour, j’ose lui dire :

Je vois poindre mes soixante ans.

Des vers en moi le souffle expire :

De quelles fleurs parer le temps ?

Le vin rallume en nous la joie ;

Mais, bien que Dieu nous l’ait permis,

DE BÉRANGEn. •

Que faire du peu qu’il m’envoie, Loin de tous mes bons vieux amis?

Plus d’amour dans l’hiver de l’âge.

Mon cœur en vains soupirs se fond ; C’est le poisson qui toujours nage Sous les glaces d’un lac profond.

Pour tes chants st-rieux ou lestes, Crains l’oubli, m’a-t-on répété; Travaille et prépare .à tes restes Un parfum d’immortalité.

Mais je n’ai plus goût à l’éloge.

Plus de voix pour rien chansonner; S’il fait encor marcher l’horloge,

Lf! Temps ne la fait plus sonner.

Oui, le repos sur ce rivage.

Voilà mon lot. Mais que le ciel M’accorde un des pLiisirs du sage :

.\u pauvre ermite un peu de miel !

Dieu bon, avec toi ma tendresse De tout mot pompeux se défend ; Dieu bon, pitié pour ma faiblesse!

Donne un jouet au vieil enfant.

J’ai dit; soudain je vois éclore Des (leurs, et ces (leurs fourmiller.

Où tons les brillants de l’aurore, S’enchâssant, viennent scintiller.

DERMÈRES CHANSON^

Sous ma main un râteau se place,

Le sol s'enrichit de présents.

De ce coin Dieu veut que je fas.s<‘

Le paradis de mes vieux ans.

,\rbres et Heurs, prodiguez vite L'ombre et les parfums dans ce lieu ; Oiselets qu'une feuille abrili'.

Célébrez la bonté de Dieu.

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