I.ETTRR XI
1 18 novembre 1857.
Mademoiselle,
Je me Mte de répondre à toutes les questions que vous me faites sur la maladie que j'ai eue. Permettez-moi de vous dire combien je suis heureuse de voir que mademoiselle Rachel va essayer de l'eau de Léchelle; là est toute sa guérison, ayez tout espoir. Ce qui prouve que votre illustre malade a une organisation comme la mienne, c'est que depuis plusieurs années elle a résisté à sa maladie et même aux remèdes plus ou moins douloureux qu'on a essayés sur elle. Je vous expédie aujourd'hui les flacons que vous me demandez.
Pendant deux ans et demi, j'ai fait toutes sortes de remèdes, tels que vésicatoires, sangsues, pastilles de potasse appliquées au bas de la poitrine, huile de foie de morue de Bordier,
limaces vivantes et toute espèce de sirops : rien n'a pu faire cesser ma toux, qui était continuelle jour et nuit; je n'avais pas le temps de reposer la tête sur l'oreiller. Mes crachats étaient non-seulement grisâtres, mais nauséabonds; ma chambre en était infectée, au point que Ton y faisait brûler du goudron. De plus que mademoiselle Rachel, puisque vous n'en parlez pas, je crachais le sang, ce qui m'affaiblissait successivement. Malgré tout cela, j'avais l'espoir de guérir, il me semblait que j'attendais un remède d'en haut. Il est venu, et je vous le transmets. Pour moi, pour ma famille et pour mon médecin ordinaire, l'eau de Léchelle m'a seule guérie. Cette eau ne donne pas la diarrhée ; du reste, je ne l'ai jamais eue durant ma maladie. Mes époques m'ont abandonnée durant trois ou quatre mois. Ce sont des douches chaudes sur les jambes, à Allevard (Isère), qui me les ont fait revenir. Ma maigreur a été extrême. On me disait aussi phthisique. Aussitôt que j'ai pris de cette eau, ma toux a diminué et entièrement disparu au bout de douze à quinze jours. De cela il y a six mois. J'ai pris un embonpoint qui devient envahissant, vu'ma petite taille. On me dit rajeunie de dix ans; j'en ai quarantedeux depuis un mois. A cet âge-là on a beaucoup de force. Cette eau peut se prendre une demi-heure après les repas, sans altérer la digestion; j'en prenais par deux cuillerées à tronche mêlées dans un demi-verre d'eau tiède et un peu de sirop de gomme, que je buvais par gorgées et chaque fois que je toussais. On peut aller jusqu'à six par jour et autant la nuit ; il n'y a aucun inconvénient. Elle se prenil pure dans des cas d'bémorrhagies; moi, je l'ai toujours mêlée avec de l'eau.
Chaque fois que l'on m'appliquait des emplâtres ou \ésic;itoires, ma fièvre redoublait; j'engage mademoiselle Rachel à y renoncer. J'en ai fait si souvent l'expérience que la pratique vaut mieux que la théorie.
Je disais dans ma première lettre que M. Andral, de Paris, m'avait condamnée, et je vous nommerai ici MM. Barrier et Bouchacour ; à Hyères, M. Laure; à Montpellier, M. Bouisson, et à Allevard, M. Chatin. C'est fâcheux pour la science, mais
c'est heureux pour moi. L'eau de Léchelle m'a sauvée, guérie radicalement, mon poumon est cicatrisé, je me couche et je dors parfaitement sur le dos. chose qu'il m'a été impossihlc de faire pendant deux ans et demi.
Ayez donc confiance, je désire ardemment que votre sieur et \ous soyez convaincues. Pourquoi ne guérirait-elle pas comme moi? Elle est entourée de vos soins comme je l'ai été de ceux de mon mari qui vous égale en dévoument. Aujourd'hui, je mé sens si forte, si heureuse, que le bonheur déborde de, tout mon être, que je voudrais guérir tous ceux qui souffrent. Ma pensée est depuis longtemps vers mademoiselle Rachel; son état si semblable au mien me préoccupait beaucoup; si je n'avais été si éloignée, je serais allée lui parler; je suis bien satisfaite de lui avoir écrit, puisqu'elle va essayer mon remède.
Vous voudrez bien, mademoiselle, me donner de temps à autre de ses nouvelles; si je me suis mal expliquée dans les détails que je VOUS donne, ce sera plus qu'un plaisir pour moi de vous eu donner de nouveaux.
■le relis ma lettre, et je vois que j'ai oublié de vous dire que. malgré que ma toux avait cessé au bout de trois flacons, j'en ai bu continuellement pendant trois mois, et encore maintenant il m'arrive d'en prendre un peu lorsque j'ai un peu trop parlé et que le gosier est un peu irrité,
J'ajouterai encore que tous les médecins ont essayé de me faire prendre de l'iode sous toutes les formes possibles, et que chaque fois mon état a été empiré!
Le seul remède que j'aie continué avec l'eau de Léchelle, est l'huile de foie de morue. Je J'ai suspendue depuis quatre mois. Mon docteur veut que je la reprenne pour cet hiver, mais je sens que c'est inutile.
Recevez, etc. |> LISA p 1N .