‹ Derniéres heures de RachelChapitre 4 sur 19 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

M , 26 septembre 1857.

Mademoiselle,

Vous êtes pour moi, depuis une année, le sujet d'une foule de réflexions. Mille fois, je me suis senti pressé du désir de me mettre en relation avec vous, et mille fois, pour une cause ou l'autre, j'ai remis et remis. L'arrivée de mon frère... et la nouvelle de vos souffrances me décident à la fin.

Je suis prêtre (vous le savez sans doute) et curé d'une toute petite paroisse rurale, où je vis heureux et tranquille dans la société de deux excellents vieillards, mon père et ma mère,

'une sœur habile et dévouée, qui nous a donné sa jeunesse, puis de quelques livres, qui sont mon trésor et toute une partie de ma vie. Du sein de cette paix, je puis, à l'occasion, entretenir de graves et douces relations. Et ma pensée, bien souvent, s'est promis, comme un nouveau bonheur, île pouvoir échanger un mot sérieux avec une intelligence qui la saurait parfaitement développer. La reconnaissance que je vous garde, pour vos bons offices envers mon frère, pour votre bienveillant intérêt, si soutenu, si délicat, et par dessus tout le désir de vous être utile, me font aujourd'hui déposer toule crainte et vous dire :

Mademoiselle, voudriez-vous Hn instant seulement peser le monde ou la multitude? Vous l'avez souvent tenu suspendu au geste de votre main. Pondérez, équilibrez donc avec cette capricieuse bc'te (pardon! c'est un mot sérieux), les reflets de la réputation.

Vous avez poussé l'étude du naturel ou du sentiment jusqu'à la perfection du vrai. C'est le triomphe du génie. Mais un regard sur la main qui couronne, s'il vous plaît. Un regard ensuite sur la nature de cette perfection du vrai qui fait votre gloire et sur le vaste horizon qu'il déroule devant vous. Un instant, respirez sur ces hauteurs que j'appelle de l'imitation. Que de clartés une intelligence comme la vôtre devra pénétrer de là! Orientez-vous pour une seconde ascension. Posez votre pied sur le monde : qu'il serve à vous élever encore; il doit vous servir de marphe pied.

De la perfection du vrai par imitation, envolez-vous, hardie, courageuse, dans les puretés radieuses du vrai réel : votre génie veut et doit arriver à sa source originelle. Je ne vois point en vous de complet sans cet effort suprême. Oui, vous devez, parce que vous pouvez admirablement. En vous, c'est le cœur autant que l'intellect qui a su exploiter la miraculeuse machine du corps. Pressez donc à deux mains ce cœur, cette intelligence, et faites-en, libre, grave, inspirée toujours par l'impulsion du génie, un solennel hommage à la vérité plé-

nière, qui fera île vous un lout complet. Dans votre genre, il ne faut que du parfait. Voilà mon mot.

Mais j'ai autre chose de sérieux à vous dire.

Le bon Dieu \ous recherche, vous poursuit, vous éprouve comme l'or au creuset de la souffrance. Vous ferez halte et vous tournerez pour lui donner un regard seulement, une attention qui paye sa persévérance. La rumeur s'en répand déjà sur le monde.

Vous avez offert, m'a dit mon frère, la moitié de votre fortune à la science, à condition qu'elle promît seulement d'acheminer seulement votre santé.

Pour l'amour du maître que j'ai l'honneur de servir, je viens vous faire offre cordiale de quelques moyens dont l'emploi discret et constant vous pourront bientôt ramener à bonne et solide espérance.

Personne ici ne sait et ne saura de sitôt mon entreprise; et, si vous le voulez bien, autour de vous aussi, personne ne le sachant (et j'entends ici. par personne, surtout aucun médecin), nous pourrions à nous deux, soigner votre santé. Si vous acceptez ma proposition, vous voudrez bien me raconter en détail :

1° Les causes à vous connues de votre mal;

'2° Les constatations résultant de l'observation des hommes de l'art;

3° Votre constitution ;

V> Le point défini du siège de votre mal;

5" Les traitements divers que l'on a employés;

6° Vos habitudes de régime.

Je serai bien heureux si, vous persuadant avant tout que vraiment vous pouvez guérir, je puis contribuer, Dieu aidant, à vous rendre à vous-même en écartant la maladie. C'est de bien grand cœur que je vous fais ces offres, comme celles de vieil ami.

Recevez, etc. X

Curé à

LETTRE Itl

A 'Cole-U'or..

Mademoiselle,

C'est un inconnu qui a l'honneur de vous écrire; mais un inconnu qui partage la sympathie générale à votre égard, qui prend vivement part à ce désir unanime du rétablissement de la grande tragédienne dont la renommée est universelle.

Sans doute les célébrités de la science cherchent à vous rendre une santé précieuse ; cependant on peut oublier de simples remèdes qui quelquefois sont efficaces.

Je veux parler du marron sauvage ou marron d'Inde. Coupé en grains de café (après l'enlèvement de la pulpe), rôti aux trois quarts, puis réduit en poudre, je l'ai vu produire de merveilleux effets sur l'un de mes amis attaqué gravement du mal de poitrine, et qui en prenait chaque matin une cuillerée. On fait disparaître l'amertume en avalant ensuite une cuillerée de café au lait, puis en se rinçant la bouche. Un autre effet de ce remède, c'est qu'ordinairement il occasionne, une demi-heure ou une heure après, un sommeil profond et paisible.

J'ose vous livrer cette simple recette que vous ignorez peut-être. Si, après en avoir référé aux savants médecins qui vous entourent, son usage pouvait contribuer à votre rétablissement, je m'estimerais certes fort heureux de vous l'avoir indiqué.

Veuillez, etc. I'ichakd,

Ancien maire.

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