LETTRE
A 28 août 1857.
La seule distraction qui, au fond de mon désert, vienne ra'aider ;ï supporter la vie, c'est la lecture du Courrier des États-Unis; j'y suis avec intérêt tout ce qui se rapporte à la France, ma chère patrie, que j'ai quittée depuis un an pour venir vivre ici au milieu de gens qui ne me sont guère sympathiques.
C'est avec un véritable chagrin, mademoiselle, que j'y ai appris votre retraite momentanée du théâtre auquel j'espérais bien que vous seriez rendue a votre retour d'Egypte. J'ai été une de vos plus grandes admiratrices, et voudrais bien pouvoir vous rendre un léger service en retour de tout le plaisir que vous m'avez fait éprouver.
Parfois les remèdes les plus simples opèrent dos eures inattendues. Permettez-moi de vous en indiquer un qui m'a Urée d'une bronchite dont j'ai souffert quatre ans et qui empirait sous la direction de médecins fort habiles; ma voix était complètement éteinte, et la moindre odeur m'occasionnait des souffrances horribles. >>
Le remède est fort simple et m'a été donné par un vieux médecin qui l'avait toujours employé avec succès.
Il s'agit tout simplement de faire cuire un pied de veau dans une pinte de lait. Puis, quand il est bien cuit, passer le lait un peu refroidi à travers un tamis afin d'en extraire la graisse. On sucre alors ce lait peu ou beaucoup, et on y ajoute, si on l'aime, de la fleur d'oranger. Le lait, devenu froid, est complètement en gelée. On en mange des cuillerées tout le long du jour, et l'inflammation disparaît peu à peu.
Je serais fort heureuse , mademoiselle , si je pouvais vous obliger en ceci. Deux ou trois mois sont plus que suffisants pour vous procurer, sinon une guérison totale, du moins un mieux tellement grand qu'elle en sera la suite inévitable.
Recevez, etc. Z. Bureaux.