LETTRE VI
T 7 octobre 1857.
Madame)
Vous me pardonnerez si, au milieu de votre longue maladie, je prends la liberté de vous adresser ces quelques lignes. Mon excuse est tout entière dans les sentiments de respectueuse
sympathie que j'éprouve pour vos souffrances et dans le vif désir que j'aurais de contribuer au soulagement d'une des plus grandes gloires artistiques de la France.
Depuis longtemps, madame, les journaux m'ont appris que vous cherchiez à rétablir, par votre séjour dans différentes contrées, votre santé altérée par votre voyage dans les pays intertropicaux. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les bulletins sanitaires qui étaient publiés sur votre compte, car où l'admiration publique ne vous poursuivrait-elle pas ! et je m'aperçois que jusqu'à ce jour vous n'avez pas encore obtenu de résultats bien satisfaisants.
Madame, une maladie qui dure autant est bien capable d'abattre le courage le plus éprouvé, la résignation la plus patiente, et pourtant aujourd'hui, je vous écris pour vous dire que, malgré tout ce que vous avez souffert, \ous ne devez pas désespérer de votre état. Je suis médecin, et j'ai passé plusieurs années de ma vie au loin dans nos colonies. J'ai été rudement éprouvé en 1851 et en 1852 à la Martinique, dans une épidémie de fièvre jaune, et en 1853, quand je suis revenu en France, j'ai éprouvé des symptômes fort gra- \es produits surtout par une surexcitation prodigieuse du système nerveux. Pendant de longs mois, j'ai été en proie à une insomnie terrible, à un dégoût profond ; le jour et la nuit, j'étais obsédé par les idées les plus singulières; physiquement je souffrais peu, mais moralement, mes douleurs étaient excessives. Mon corps se ressentait naturellement de cet état éminemment nerveux. Aussi j'étais un véritable squelette, et bien des personnes portaient sur moi un pronostic fâcheux.
Pourtant, madame, avec le temps, avec très-peu de remèdes, avec les soins surtout de la famille, et en mettant les livres de côté, je suis parvenu à recouvrer la santé; mais cela a été long : il a fallu compter par années avant que le calme ne revînt dans mon système nerveux; et aujourd'hui, pour conserver ce calme, pour ne pas voir reparaître d'anciens symptômes, je suis obligé de ne boire que de l'eau, de me
priver de Unit excitant, d'écarter toute émotion et tout travail qui tendrait trop mon esprit ...
Nous regrettons de ne pouvoir offrira nos lecteurs la tin de cette lettre. D'après ce qui précède, il est permis de supposer que l'auteur conseille à Racbel le même régime qu'il suit lui-même depuis quelques années.
LETT RE Vil.
cii 1er novembre 1857.
Mademoiselle,
Depuis longtemps, mademoiselle, j'apprends par les journaux que votre santé est assez sérieusement altérée, et que vous n'avez pu encore obtenir une amélioration satisfaisante.
Qu'il me soit permis de vous dire que. dans une foule il'' eas semblables, j'ai obtenu des guérisons tant en France qu'en Amérique. Il y a deux ans et demi à peu prés, à Bordeaux, j'ai soigné une jeune demoiselle de dis-huit à vingt ans, abandonnée et réduite à l'état de marasme le plus complet ; aujourd'bui elle est grasse, fraîche, et jouit d'une brillante santé; elle se livre à. l'enseignement, profession fatigante, sans en éprouver la plus légère incommodité. Mademoiselle de La l'aulzest son nom.
Si j'étais assez heureux pour obtenir les mêmes résultats sur vous, si toutefois vous voulez mes conseils, ne serait-ce pas un grand bonheur pour vous, pour -\otre famille et pour vos amis ?
Si par hasard vous preniez la résolution de m'appeler vers vous pour vous donner des soins, je ne voudrais rien entre-
prendre avant que vous ne donniez exactement le détail de toutes vos fonctions.
Que ma modeste position ne vous décourage pas, j'ai l'espoir d'arriver à un bon résultat; vous savez que dans la vie il y a des causes fatales qui vous éloignent quand même du théâtre qui vous conviendrait.
En attendant, etc.
Le docteur Abadi b .