‹ Dernières lettres de femmesChapitre 13 sur 26 · EXPÉRIENCE I · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE I

Mieux vaut qu'un fils juge sa mère trop parfaite. Mais tout en vivant le plus dignement qu'elle peut, une femme apprend à connaître les difficultés de la vie : elle voit bien des misères autour d'elle, dans les ménages qui semblent les plus heureux; elle reçoit bien des confidences; elle a un cœur, après tout, et, ne fût-ce que les chutes et les tentations d'autrui, même si elle est assez heureuse pour ne faillir jamais (mon Dieu ! oui... il y faut du bonheur, en même temps que de la bonne volonté), elle apprend l'indulgence, la compassion... Qu'une femme ait une faiblesse, évidemment c'est très condamnable. Mais tu as tort de penser, comme la plupart des hommes, que la femme coupable est nécessairement une dévergondée... Souvent, crois-moi, elle aime son mari et son enfant, elle leur sacrifierait tout au monde... l'amant a été dans sa vie un affreux accident et les rechutes se succèdent comme les accès d'une maladie chronique, parmi des remords et de vaines bonnes résolutions. Tiens, moi qui te parle, j'ai eu une amie... Mais je te raconterai cela plus tard, de vive voix... Je reviens à Léonie.

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Voyons! Jean. Tu as beau être justement indigné contre elle, tu es obligé de m'avouer que celles de ses lettres que tu as lues (les premières) t'ont remué, parce qu'elles ce jouaient trop bien le remords et la sincérité ». Eh! cher enfant, elles ne les jouaient point. Sois certain qu'à l'heure qu'il est, Léonie exècre son amant ; sa faute lui fait horreur autant qu'à toi. Les grandes dames, peutêtre, peuvent prendre les aventures à la légère; cela les distrait. Mais, nous autres, petites bourgeoises, élevées sagement dans le dégoût des « vilaines femmes », c'est une chose terrible pour nous que de ne plus avoir le droit de nous appeler nous-mêmes o: une honnête femme » ! La pauvre amie dont je te parlais tout à l'heure (tu ne l'as pas connue, ou, du moins, tu ne te la rappelles pas, tu étais trop petit), quand elle s'est, un jour, surprise à marcher dans une rue avec cette pensée dans la tête : « J'ai un amant... Je viens d'avoir un amant, » il ne s'en est pas fallu de beaucoup qu'elle n'osât plus rentrer chez elle, qu'elle retournât d'où elle venait, rompant tout à fait avec la vie régulière, ou qu'elle se tuât... — Elle avait un enfant...

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