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Alors... elle a fini par rentrer chez elle et reprendre la vie de tous les jours, en tâchant de ne rien laisser paraître... Et pourtant, c'était une honnête femme, je t'assure. Ne t'irrite pas de m'entendre l'appeler comme cela!.. C'était assurément une âme d'honnête femme, puisqu'elle souffrit cruellement d'un péché qui n'était connu que d'elle, que personne ne soupçonnait, qui ne lui enlevait rien de l'estime de son mari et de son enfant...
Comment cela arrive dans l'honnête existence d'une bourgeoise sage, vois-tu, mon chéri, c'est presque incompréhensible... Il advient, je crois, que notre modeste petite existence, qui nous paraît si pleine, si amusante, si charmante durant les premières années de mariage, insensiblement n'occupe plus assez notre temps et notre esprit; le ménage, bien réglé, va tout seul; l'enfant a grandi et n'exige plus des soins incessants; le mari vous aime toujours bien, assurément, mais enfin, il n'est plus, comme aux premiers jours, perpétuellement occupé de vous... enfin il y a du vide, et une certaine tristesse se glisse dans ce
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vide des journées. On s'en veut, d'abord, à soimême, on se gronde, on se démontre qu'on possède tout ce qu'on désirait, qu'on est heureuse... Mais les raisonnements ne valent guère contre le sentiment. On finit par se prendre en pitié, par se plaindre soi-même. Quoi! à vingt-huit, à trente ans, la vie douce serait finie? On n'aurait plus rien à espérer? Ces chères années de tendresse qui vous ont réchauffé le cœur, après le mariage, elles sont finies, finies, jamais elles ne recommenceront? On est encore bien jeune, pourtant, et on les goûterait bien mieux que quand on était une petite jeune fille ignorante et à demi formée... Alors, on essaye de recommencer ces bonnes années, de les ressusciter de force. On se pare davantage pour son mari, on le cajole. Le pauvre homme, qui pense à bien autre chose, et qui ne demande que la tranquillité chez soi, ne vous comprend pas : vous vous apercevez que vous le fatiguez; il vous en vient un peu de rancune...
Cependant, comme tous les hommes essayent toujours de gagner les jeunes femmes qu'ils ap-
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prochent, il est bien rare qu'une jeune femme mûre pour la chute n'en trouve pas un à sa portée, qui l'aide à tomber... Oui, c'est toujours ainsi que j'ai vu, autour de moi, ces malheureuses devenir coupables, par un désir sincère de recommencer les joies des fiançailles et du mariage : il y a de l'honnêteté même dans leur défaillance... Il me semble qu'il ne faut pas trop les condamner, d'autant qu'elles sont bien déçues par l'adultère, je t'assure ! ... Si tu avais connu la pauvre amie dont je te parlais tout à l'heure, si tu avais vu comme elle souffrit... comme elle désira parfois ce qui vient d'arriver à Léonie, — afin d'en finir d'un coup avec le mensonge et la vie louche...
Vois-tu, Jean, je suis bien sûre que ta femme n'a pas un mauvais cœur et qu'elle n'est pas une dévergondée. On ne trompe pas les mamans, sur ce point-là, quand il s'agit du bonheur de leur fils. Je l'ai regardée à l'œuvre, je l'ai bien observée : elle t'aime... Enfin, je me décide à te le dire, à présent que j'ai un peu causé avec toi : Léonie m'a écrit, elle aussi, depuis ce malheur; elle m'a conté sa faute sans chercher à l'atténuer; elle m'a
suppliée d'intercéder pour elle auprès de toi. Ne crois pas qu'elle aimât ce Letixier... Non... Il y a eu un jour de printemps trop brillant, trop gai, où ta femme est sortie de chez elle toute palpitante du désir d'être caressée, embrassée, ressaisie par toi, oui, par toi... un jour où, décidément, sa vie calme, son bonheur tempéré ne lui suffisaient plus... Et l'homme qui la guettait en a profité. Il t'a volé un désir, un émoi qui allaient à toi... Reprends-lui ta femme : c'est ta meilleure revanche, va! et le péché de Léonie ne vaut pas que tu brises sa vie, la tienne et celle de ta petite Suzanne. Me croiras-tu? Me respecteras-tu moins parce que je te dis : Léonie a fait une faute, mais je t'assure qu'elle est encore une honnête femme ? Certes, rien ne me rend plus heureuse que de t'entendre me dire : ce Mère, toi qui es une sainte... » L'amie dont je te contais les misères ne détrompait pas la vénération de son mari, de son enfant, bien que son remords en fût quelquefois doublé... Pourtant, si je croyais que cela pût agir sur ton sentiment, sur ta pitié, je te dirais : ce Je ne sais pas, moi, ta mère, si j'ai le droit de condamner
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Léonie, car je ne sais pas si, à sa place, j'eusse été plus forte qu'elle. Et si j'avais failli comme elle, il me semble que je ne serais pas devenue du coup tout à fait indigne de compassion, ni indigne de ton affection et de ton respect... »
Allons, mon enfant, du courage et de la générosité. Pardonne à ta femme et reprends-la près de toi. Elle ne faillira plus, va! Quand l'adultère a brûlé une fois une vraie honnête femme, le mal qu'elle en a souffert lui cautérise pour jamais le cœur... C'est chez les grandes dames, peut-être, qu'il est moins aisé de n'avoir pas de second amant que de n'en pas avoir du tout. Nous autres, nous tombons parce que nous nous trompons, parce que nous croyons que l'amant sera, de nouveau, pour nous, le jeune mari... et l'épreuve faite, — la réalité de l'adultère nous navre. Je me porte garante de l'avenir. Je te promets que Léonie te sera fidèle, et que tu seras associé à une honnête femme, si tu consens à oublier, à une femme digne de ta tendresse, digne de ton respect. Oui, de ton respect! Du respect que tu me donnes à moi, à ta mère ? Me croiras-tu ?
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Viens. Léonie et ta fille sont ici, chez moi. Suzanne pleure et te réclame. Nous lui avons dit que tu arriverais demain. Nous feras-tu mentir?...
Papa
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Papa
e n'est pas que je fusse follement éprise de ce bon Louis Lancret... Je crois même que je l'avais choisi, entre quelques autres prétendants acceptables, pour la neutralité parfaite de son physique et de son caractère. Je me disais : « De celui-là, au moins, mon pauvre papa ne sera pas jaloux... » Carpapa est jaloux de mes prétendants. Les gens qui, m'entendant ainsi parler, comprendraient plus que je ne veux dire, auraient de bien vilaines âmes.
Papa est jaloux : cela signifie, premièrement, qu'il veut pour lui seul tous les soins de ménagère affectueuse et diligente que je lui donne depuis treize ans que maman est morte, et cette première jalousie n'est pas la plus belle, elle ressemble un peu à de l'égoïsme. Mais papa éprouve encore, à mon endroit, une autre jalousie moins facile à définir, et qui me touche plus, car elle n'est nullement inspirée par l'égoïsme, et elle le fait réellement souffrir. Papa est horriblement blessé de toutes les admirations que ma figure ou ma taille, assez jolies Tune et l'autre, provoquent chez des hommes, même si ces admirations s'expriment de la façon la plus respectueuse. A force de l'avoir observé, je crois comprendre assez bien ce qu'il ressent; il est, pour ainsi dire, timide et effarouchable à ma place; il souffre avec exagération, et pour mon compte, de cette gêne singulière que nous avons toutes connue pendant quelque temps (peu de temps !) les premiers mois qui suivirent notre entrée dans le monde. Les hommages les plus discrets rendus à sa fille lui paraissent, quand il en -est le témoin, d'inexcu-