‹ Dernières lettres de fommosChapitre 8 sur 23 · NOS AÏEULES · texte numérisé non relu

NOS AÏEULES

fut encore au chevalier absent que j'offris le tendre sacrifice de mes soupirs ; ce (ut son nom qui expira sur mes lèvres au moment où M. de Villebon s'estima le plus justement fier d'être mon mari.

Combien il est plus aisé, ma chérie, d'ignorer toute sa vie les joies de Tamour, que de s'y dérober, lorsqu'on les a goûtées I Je ne me sentis plus la force d'écaner de si tendres souvenirs; il me fallut les revivre. Le stratagème enseigné par le hasard me devint familier. Si nos pensées, comme nous-mêmes, appartiennent entièrement à nos époux, M. de Villebon eut grandement à se plaindre de mes infidélités. Heureusement, il ne s'en doutait guère : la façon que j'avais trouvée de le tromper le ravissait; et, comme il arrive parfois, dit-on, pour un amant présent, l'amant absent rétablit l'accord dans notre ménage.

Il y avait déjà plusieurs mois que je trompais mon époux avec un songe, quand un matin d'automne (M. de Villebon étant, pour la semaine,

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en chasse âux environs), un pli me fut remis, assez mystérieusement, par un exprès.

oc Mon ange, disait le billet (qui était du chevalier de Saint-Remy), je suis envoyé en Touraine pour le service de M. le prince. Je m'arrangerai de façon àgagner quelques heures surmon voyage, que je pourrai passer près de vous, s'il vous plaît de m'en donner les moyens. .. »

J'avoue que je n'hésitai pas une seconde. Je remis aussitôt à l'envoyé une réponse telle que le chevalier la pouvait souhaiter; elle lui disait l'heure de la prochaine nuit où il serait reçu au château, dans ma propre chambre. J'avais été si souvent coupable par les pensées que Faction ne m'effrayait guère.

Pourtant, quand vintl'instant souhaité où M. de Saint-Remy, secrètement introduit par une chambrière, se trouva seul avec moi, je dus m'avouer que nos rêves sont une bien imparfaite image de la réalité. Je n'entends point parler du chevalier lui-même : un hiver aux armées l'avait fortement éprouvé; je le retrouvai vieilli de dix ans, et,

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certes, je respectais, j'admirais même cette vieillesse précoce d'un héros. Mais, croirais-tu, Laurence, qu'une pudeur singulière s'emparait de moi, en présence de cet homme à qui mon imagination m'avait cent fois livrée? Il me fallut un véritable effort pour céder à ses instances, pour l'admettre à cette couche hantée par son image... Hélas! de nouvelles surprises m'y attendaient. Comment t'expliquer une aventure aussi singulière? Par quel sortilège le chevalier lui-même se trouva-t-il le rival malheureux de son fantôme? La certitude d'être aimé lui fît-elle négliger les attentions délicates, familières à M. de Villebon?... Malgré tout mon amour, je dus le juger brutal et maladroit. Iln'eûtmêmeobtenu de moi, jecrois, qu'une sorte de passive résignation, si l'idée ne m'était venue de lui dire, comme à M. de Villebon : a De grâce, mon ami, éteignez cette lampe... » La nuit aidant, je parvins à évoquer encore le fantôme... Et, cette fois, ce fut le chevalier que je trompai — avec lui-même.

Cette nuit étrange n'a pas eu de lendemain:

je ne le regrette pas. L'épreuve que j'avais faite m' éloigna définitivement de la réalité. Je revins au rêve qui, lui, ne change pas au gré du temps ou des événements... Mon mari peut chasser en paix : de ma vie je ne chercherai à revoir le chevalier. Je continuerai d'être une fidèle épouse, en même temps qu'une fidèle amante, ce qui est assez rare, il me semble. Il est vrai que M. de Villebon et M. de Saint-Remy, s'ils savaient tout, s'accorderaient peut-être pour méjuger doublement infidèle...

Mais qu'importe? Mon secret est bien à moi; il est celui de mes pensées, que nul contrat et nulle contrainte ne sauraient enchaîner. Je te le livre, ce secret, belle Laurence, pour que tu en uses à ton tour, — sans risquer les déceptions, les douleurs et les remords dont une honnête femme ne saurait s'affranchir.

TEéMTS HÈ%pÏQlJES

Temps Héroïques

zMadame Vangis au capitaine Dangis, au y régiment d'artillerie, 6' corps de Varmée d'oAllemagne.

Novembre,

ù cette lettre vous ira-t-elle trouver, mon amour? Nous n'avons reçu, à Paris, depuis quatre jours, aucun courrier de l'armée. J'écris à Magdebourg comme votre dernier billet m'y invite : hélas ! je n'ai guère

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Tespérance que vous y soyez encore. Sans doute vous aurez poursuivi votre marche à travers la Prusse pacifiée ; vous vous préparerez à livrer bataille aux géants moscovites sur les bords de la Vistule... Combien je souhaiterais être près de vous dans vos périls comme dans vos triomphes, mon Apollon, essuyer la sueur et la poudre sur votre front, et vous faire oublier dans les bras de l'Amour les glorieuses fatigues de la campagne... Votre sort est le plus^ enviable, n'en doutez pas : que de fois j'ai déploré la faiblesse de mon sexe, qui, m'ayant asservie pour jamais à un époux adoré, m'interdit de le suivre sur les champs de bataille. Hélas ! ces mains débiles ne savent que les caresses, et je les maudirais vraiment si elles ne me servaient aujourd'hui à tracer ces lignes qui vous diront ma tristesse et mon amour...

Depuis votre départ, est-il besoin de vous dire que je n'ai quitté que pour les soins indispensables notre retraite de la rue de Babylone? On ne me rencontre guère au spectacle, ni à Bagatelle, I et cette abstinence n'est point une peine pour

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