‹ Dernières poésiesChapitre 15 sur 91 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Chargé, par l'illustre poète de Nîmes , du soin de veiller à rimpression de ses OEuvres inédites, je dois compte au public de l'exécution de mon mandat et des circonstances dans lesquelles il me fut confié.

Pendant les deux dernières années de sa vie , Reboul ne pouvait se défendre de tristes pressentiments ; et ses amis , tout en cherchant à détourner le cours de ses pensées , en ressentaient l'inévitable contre-coup. Il était visible que sa santé s'affaiblissait rapidement, et que sa robuste constitution cédait aux assauts réitérés d'un mal sans remède.

Ce fut sous l'empire de ces préoccupations qu'il m'entretint à plusieurs reprises de l'impression de ses OEuvres inédites, et me fit quelques recommandations, d'autant plus sacrées pour moi qu'elles ne sont écrites que dans mon souvenir. Le 10 du mois d'août 1863, nous allâmes passer unesemaine à la campagne : pendant ces quelques jours , Reboul

GXXXVl JEAN RICDOUL.

me renouvela ses instructions ; je les écoutai tristement et d'une oreille recueillie , car je sentais approcher la dernière heure.

Nous partîmes le 15 août : il arriva à Nimes dans un état de fatigue qui ne laissait plus de place aux illusions de l'espérance : l'examen de ses papiers nous a donné la certitude qu'à partir de ce moment, il se sentit frappé à mort, car c'est à la date du 16, c'est-à-dire le lendemain de notre arrivée à Nimes, qu'il faut reporter un appel touchant à ses amis dont je suis dépositaire , et cet adieu non moins touchant qui témoignait de son inviolable fidélité. Quelques jours après, Reboul me fit appeler, et me désignant d'un geste triste et résigné , une gravure , legs précieux de cette illustre amitié , il m'entretint de ses dispositions dernières , et me réitéra plus spécialement ses instructions , en ce qui touche l'impression de ses OEuvres inédites. Est-il nécessaire d'expliquer que si je donne ces détails , c'est pour que le public sache bien que ce qui reste de l'œuvre du poète lui arrive par des mains autorisées , et n'a souffert aucune altération ?

Vers la fin de septembre, le mal faisant de rapides progrès, l'illustre malade me remit son Art poétique^ son Antigone ^ son Dernier Jour remanié , les Chœurs de Fivia , les pièces détachées qui figurent dans ce volume , et la plupart de ses précieux manuscrits... Quelques pièces m'avaient été précédemment remises.

Dès le lendemain du triste événement, je m'occupai de l'accomplissement d'un mandat dont j'aurais voulu presser l'exécution ; mais des circonstances plus fortes que ma vo-

JKAN HKIiOLL. CXXXVl

lonté ne m'ont pas permis de rép^^ndrc plus lot à l'impatience légitime du public.

Deux amis intimes de Reboul ont bien voulu m'accorder le secours de leur précieuse collaboration : M. l'abbé de Cabrières, après s'être entouré des renseignements les plus minutieux et avoir dépouillé patiemment les papiers déposés en nos mains, a écrit sa vie comme on devait l'attendre de l'auteur de y Oraison Janèbre '^ il ne m'appartient pas de pressentir le jugement du public sur cette œuvre remarquable qui n'aura pas à souffrir du voisinage des poésies ; l'auteur a travaillé trop près de moi pour que je puisse le louer ; qu'il me soit permis de dire, seulement, que, s'il fallait croire à certaines rumeurs, auxquelles, pour ma part, je refuse tout crédit; s'il pouvait être vrai que quelques auditeurs, ce jour-là, visiblement mal inspirés, eussent critiqué l'orateur pour sa trop grande indépendance ( défaut, si c'en est un, bien rare de nos jours et dont on ne saurait redouter la contagion), le public reconnaîtra que l'écrivain n'a tenu aucun compte de ces impressions prétendues, dont je n'ai, d'ailleurs, saisi la trace nulle part ; la plume de l'écrivain est restée ferme comme la voix de l'orateur: l'un et l'autre ont cherché la vérité...: il faudrait plaindre ceux qu'elle pourrait blesser.

M. Germer-Durand, le conseil littéraire le plus compétent et le plus assidu qu'ait eu Reboul auprès de lui , a bien voulu, comme on l'a dit dans la biographie, se livrer au travail ingrat du choix et de la classification des pièces, de la recherche des dates, de la correction des épreuves, de la correspondance journalière avec le libraire. Quant à moi , je n'ai eu

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