LIVRE PREMIER
Jadis, avec des vers d'inégales mesures ,
Les poètes formaient mille et mille figures ,
VA Byzance payait ces misères d'album
Du prix d'une statue érigée au forum !
Ce temps semble revivre, alors qu'on se contente
D'un sens pauvre couvert d'une rime opulente.
Certe , une rime riche a de quoi nous frapper ;
(iarde-toi , cependant, de laisser échapper
Des mots qui sonnent creux : le lecteur est avide ,
Et le pire , pour lui , c'est de mâcher à vide.
Bien que , dans le Coran de nos révélateurs ,
Les vers les mieux rimes passent pour les meilleurs,
Tu feras accepter la rime suffisante ,
Pourvu que la pensée y soit toujours présente.
C'est d'abord par le fond que l'on juge un écrit,
Et l'oreille et les yeux viennent après l'esprit.
Afin de se soustraire à la monotonie , Enjamber, chez plusieurs, devient une manie. L'enjambement du vers est rarement heureux; Car mieux vaut, après tout, marcher droit que boiteux.
a a A UN JEUNE POETE.
l*ourtant, pour raviver le tour de la pensée, Cette règle peut être heureusement blessée. Je ne puis, toutefois , te dire dans quel cas ; Le poète le sent et ne s'y trompe pas. Mais ces travers déjà sont vieux , on s'en défie. Notre temps , n'aimant plus l'antithèse bouffie , Dans le contraire excès cherche l'original ; La prose règne , et prend le sec de Port-Royal. L'imagination est maintenant bannie , Comme une infirmité qui fait tort au génie. Demeure indifférent à ce retour subit : Tiens au prix de l'idée , et non de son habit ; La forme est une fleur qui naîtra d'elle-même , Et le sot seulement peut s'en faire un système : On dirait , en cela comme dans les amours , Que c'est le moins savant qui triomphe toujours.
HOMÉLIE POÉTIQUE