LIVRE QUATRIÈME
Sans en avoir d'abord la raison positive,
Je me suis toujours pris d'une haine instinctive
Pour ces fous érudits, ces sages hébétés
Qui détruisent le toit dont ils sont abrités.
l.es voilà maintenant exhumant des doctrines
Qui vont frapper l'esprit jusque dans ses racines,
Et, parla foi stupide à la fatalité ,
Otent ia sanction à toute autorité.
Quand le monde est muni de vérités sublimes ,
Ces rêves décrépits sont devenus des crimes.
Chaque mythe a sa nuit; mais, entre tous les dieux,
Pan est le plus absurde et le plus ennuyeux.
Quoi qu'en dise l'élu d'une chaire publique,
Comment se croire un Dieu , quand on a la colique T
L'àme n'est nulle part, quand on la met partout.
Et les cèdres chantants sont à dormir debout.
Dédaigne ces erreurs mille fois réfutées ,
Comme des nouveautés aujourd'hui présentées
Sous ce leurre éternel où se prennent les sots:
La pompe de la phrase et le ronflant des mots.
L'Évangile étouffait l'homme sous son empire ;
On pubhc un volume , et le monde respire ;
Il respire surtout, si l'auteur apostat
De bons appointements est doté par TÉtat.
Eu voyant cette prime aux rêveurs accordée ,
Il n'est pas de grimaud qui ne prêche Vidée,
Qui ne se pose en dieu — dieu qui met avant tout ,
Dans le ciel qu'il se fait, la pipe et le vermout.
Refusant d'écouter tout intermédiaire ,
Jamais les deux cités ne furent plus en guerre.
Il faut prendre un parti : celui qui n'en prend p'îS
Dans l'un et l'autre camp passe pour un Judas.
Soldat du Verbe saint mêlé dans ce tumulte ,
Si jamais ton drapeau recevait une insulte ,
Sourd à cette prudence , amante du sommeil ,
Montre que , si parfois le poète est pareil
A l'alouette au ciel qui chante dans sa joie ,
Il est aussi l'oiseau qui plonge sur sa proie ,
Et qui fait expier au reptile odieux
Le venin impudent vomi contre les dieux.
Car on a poussé loin le métier de Basile :
Il ne se borne plus aux oisifs d'une ville.