‹ Dernières poésiesChapitre 42 sur 91 · J08 AUX PEUPLES · texte numérisé non relu

J08 AUX PEUPLES

De l'abîme entr'ouvert afin de se sauver. L'esprit humain avait de quoi se retrouver. Niant en même temps la chute et la misère , Afin de conquérir l'absolu sans mystère , Vous avez déplacé le suprême pivot , Et le ciel ici-bas fut votre dernier mot. D'hypocrites tribuns , pleurant sur vos entraves , En pleine liberté vous ont fait croire esclaves. Leur astuce enflamma votre orgueil insensé ; La haine fut vouée aux choses du passé. Contre le haut sommet soulevant la vallée , La terre , au prix du sang , se trouva nivelée. Vous avez, pour cette œuvre, infernale Babel , Saccagé la famille , et le sol , et l'autel , Frappé d'exil , coupé des têtes souveraines. Puis , coursiers insensés , échappés de vos rênes , Essoufflés de terreur , de fatigue abattus , Vous avez imploré des pouvoirs absolus , Qui , dédaignant d'avoir recours à l'imposture , Du joug le plus brutal ont donné la mesure ; Et des droits les plus saints le contrat destructeur , Par l'arbitraire offert , fut signé par la peur.

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Puis, dans le bmit du cirque étouffant votre lionlc ,

Vous n*avez môme pas rougi de ce mécompte.

0 lâches Ésaiïs , vendant la liberté ,

Que peut penser de vous l'éternelle équité ?

Révoltés affamés d'une indigne tutelle ,

Devant le tribunal dont nul peuple n'appelle

Vous rendrez compte un jour d'un siècle de combats,

Des ruines , des vols et des assassinats ,

De tout le sang versé dans une horrible arène ,

De tous ces étendards faits d'une tète humaine ,

De toutes ces prisons où , brisant leurs barreaux ,

Pour juger , la justice envoya des bourreaux :

Vous répondrez surtout d'une auguste victime

Dont la tête , en tombant , a creusé votre abîme ,

Et qui , du haut du ciel et de l'éternité ,

Fait descendre un pardon non encore accepté.

Eh bien ! vous le voulez , en sanglant caractère Le crime reste écrit devant le sanctuaire. D'un entier châtiment sans cesse menacé, Il ne tiendrait qu'à vous qu'il ne fût effacé.

I 10 AUX PEUPI.fiS.

Dieu vous a fait subir la moitié du supplice; l^rotîtez d'un sur»is offert par sa justice. Quelques restes du Christ sont encor parmi vous, Et peuvent conjurer le céleste courroux. Coupables pénétrés d'une douleur profonde , Qu'au feu de vos remords le germe se féconde. Votre folie en vain aux quatre coins des cieux Demande un point d'appui qui vous soutienne mieux ; En vain de l'air promis vous prolongez l'attente , Le vide suffoquant persiste et vous tourmente. Pour pousser dans le bien le monde plus avant , Rien ne peut vous répondre , hormis le Dieu vivant ! Dans la chaîne sans fin des misères humaines, Nommez un seul anneau dédaigné dans ses peines. Je sais que des bienfaits accomplis en son nom Votre orgueil fait honneur à l'humaine raison. Mêlant impudemment le mensonge à l'histoire, Des rhéteurs malfaisants , hélas! vous l'ont fait croire; Et vous avez souscrit à la fatale erreur Que l'homme peut grandir sans un divin tuteur , Qu'il ne saurait jamais retourner en arrière , Qu'il doit jusques au bout poursuivre sa carrière ,

AUX PELPLES. Ml

Que des progrès acquis , en tout temps , en tout lien , Aucun ne se perdra par Tabsence d'un Dieu. Malheureux, c'est assez! Vous mentez à vous-mêmes ; Frappés dans votre es[)rit de misères extrêmes, Votre chute est écrite en ces illusions : Vous voulez chasser l'astre et garder ses rayons î

Mais non , mon Dieu ! prenez pitié de ce vertige , Kt que votre clémence aille jusqu'au prodige. Ces peuples , maintenant ruinés dans leur foi , Ont jadis répandu leur sang pour votre loi ; Ils ont peuplé de saints vos sphères éternelles , Ouvert à votre croix des régions nouvelles , Klevé des abris pour tous les malheureux , Et des temples rivaux de la splendeur des cieux. Vos oracles sont vrais : ils ont daigné nous dire Qu'un seul juste suffit pour sauver un empire. Tant de i)lomb vil n'est pas sans quelque reste d'or , De croyants généreux qui combattent encor. Oh ! grâce aussi pour moi , car devant l'infidèle L'espérance a trop tôt abandonné mon zèle.

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