AUX PEUPLES
Eh ! comment satisfaire à cette double envie : Bannir le Dieu vivant, et jouir de la vie? Le Dieu qui descendit pour vous du firmament, Vous l'avez rejeté comme un vieux vêtement ; Et vous avez , ingrats ! tourné contre lui-même Tous les dons obtenus de sa bonté suprême ! De quelles nations , plus heureuses que vous , Ayant vécu sans lui , vous sentez-vous jaloux ? Quel Dieu, du juste offrant une plus grande somme, Défendit mieux les droits de l'homme contre l'homme? Et qui mieux , s'installant arbitre de leur sort , Fut l'espoir du plus faible et l'effroi du plus fort? « Désormais , dites-vous , que l'homme le remplace !» L'homme , sans Dieu , devient le fléau de sa race. Dominer et jouir est au fond de son cœur. La douleur de son frère entre dans son bonheur. Les temps passés Font vu : vous le verriez encore , Si vous ne coupiez court au mal qui vous dévore. Vous pourriez retomber sous un maître pareil ; Car l'ombre se refait au coucher du soleil. Vous pourriez vous rasseoir dans cette nuit infâme Où les peuples , sans foi , sans vigueur et sans âme,
AUX l>Ki:i»LES. 107
Se trouvaient par le mal tellement dominés
Qu'ils pleuraient sur la mort de monstres couronnés.
Et qui sait si Dieu , las de votre persistance
Et de tous les affronts qu'a soufferts sa clémence ,
Ne dira pas, voyant qu'il ne peut vous sauver ,
Au soleil de son Christ de ne plus se lever;
D'aller, quittant vos cieux, sur un autre hémisphère
Plus digne de jouir de la sainte lumière ?
Car Dieu , pour se venger d'un peuple mécréant ,
N'a qu'à l'abandonner à son propre néant.
Le monde obéissait à la toute-puissance ,
Et la raison était dans son obéissance.
Dieu vers l'homme soumis s'inclinait à son tour;
Le joug disparaissait sous l'ineffable amour.
La justice et le droit étaient sûrs d'un refuge ,
Elles maîtres cruels avaient là haut un juge;
Les rois régnaient sur vous , il régnait sur les rois ,
Tout était gouverné par d'immuables lois.
Si parfois le vaisseau subissait un orage ,
La tempête jamais n'allait jusqu'au naufrage;