LA PENTECÔTE DE
Le Pontife a prié sur les os do saint Pierre ,
Dans la crypte sacrée il a versé des pleurs;
Kt l'Apôtre a daigné conseiller ses douleurs ,
(^ar la nuit de sa tombe est pleine de lumière.
< J'ai reçu le flambeau des saintes vérités;
Dieu l'a, de main en main , fait passer dans la tienne.
Dans les jours qu'il te fait , mon fils , qu'il te souvieniic
Ou'on n'a pu dans mon sang éteindre ses clartés.
« Le ciel me fait parler , parle par ma parole.
Définis les devoirs des peuples et des rois.
Nul bruit n'est assez grand pour dominer ta voix ;
Ta voix retentira de l'un à l'autre pôle.
Le Christ de tes enfants a préparé le cœur ;
Il a vanné son grain et nettoyé son aire,
Pour qu'un froment plus pur soit semé sur la terre ,
Et donne en son entier la moisson du Seigneur.
Ii2 LA PEMKCÙÏE l)E l86a.
« Tu vas, martyr comme eux, décerner la couronne A ces saints confesseurs, premiers fruits du Japon , Tombés en disputant leur patrie au démon , Pour un rachat futur riche et féconde aumône. Que ce jour ne soit pas seulement pour les yeux ; Qu'un grand enseignement sorte de cette fête, Qu'elle apprenne au lévite à quel prix on achète Le sublime pouvoir d'unir la terre aux cieux ».
Et , selon le conseil de l'ombre inspiratrice , Le Saint-Père a parlé. Des bords les plus lointains Comme poussés vers lui par des souffles divins , Ses enfants sont venus partager son cilice. Élargis tes remparts , ô reine des cités ! Ton sol ne peut suffire à cette multitude. Temple , dont la grandeur faisait la solitude, Tu seras trop étroit pour ces solennités.
LA PENTECÔTE DE l8Ga. 12^
Tous les peuples , divers de race , de langage , Mais unis par la foi sous le même étendard , Tous sont là, palpitants sous le divin regard Du grand Docteur qui va recueillir leur suffrage. « Frères , après avoir mis les Saints sur l'autel , J'ai dû, gardien du temple, infliger l'anathème Au front d'Héliodore. Au nom du Dieu suprême , Hépondez! ai-je fait selon l'ordre éternel ?»
Kt , grâce à l'Esprit-Saint , qui plane sur ces têtes , La justice a son jour, le droit est proclamé , Le phare est immuable et demeure allumé , En dépit de tous ceux qui vivent des tempêtes. Et maintenant , ô rois , usez de vos bâillons ] Dormez sur votre glaive ou parlez par la foudre , La divine unité ne saurait se dissoudre , Et ce jour est plus fort que tous vos bataillons !
124 LA PENTKCÙTI: DE l8Ga.
Je ne sais ce que peut la force en son délire , Mais je sais que Dieu seul peut disposer des cœurs , Que l'arche est un fléau pour tous ses ravisseurs , Que le crime est trompé par tout ce qu'il désire. Le Nil semble parfois submerger sans retour , Sous ses flots orgueilleux , la grande pyramide ; Mais bientôt , délivré de son linceul humide , Le géant sort vainqueur du déluge d'un jour.
Oui , j'en ai pour garant les promesses divines , Pierre que tant d'affronts accueillent aujourd'hui , Si, pour édifier, il faut un point d'appui , Las de détruire, un jour, couché sur ses ruines , Le monde , après avoir, en dehors de la foi , Bu de toute parole et de tous les systèmes , En remords suppliants changera ses blasphèmes , Et pour ne pas mourir se tournera vers toi.
12 juin 1862.