G LA NOËL
Ainsi riiumanilé , sous le poids de son crime. Gisait abandonnée au fond de son abîme. Qui d'entre nous , souillés dès le sein maternel , Pourrait trouver en lui la rançon méritoire , Et , de Tesprit du mal effaçant la victoire , Amener au pardon l'ire de l'Éternel ?
Un enfant nous est né : l'épouvantable masse , Grâce à ses faibles mains , est remise à sa place. Par ses propres exploits Satan est confondu ; Son front est écrasé sous le pied d'une femme ; L'homme sent repousser des ailes à son âme , Et remonte plus haut qu'il n'était descendu.
Les cieux , longtemps fermés , se rouvrent sur la terre
Afin d'y déverser l'onde qui désaltère
La soif de vérité , de justice et d'amour.
La fleur naît où poussaient des épines arides ,
LA JfOEL. I '7
L'esclave est réjoui dans ses caveaux humides, Et l'univers reprend l'éclat des premiers jours.
Quel siècle , parmi ceux que le temps fit éclore , Peut te dire : « Je fus témoin de ton aurore , 0 rayon incréé de rétcrnel soleil » î Verbe , Fils engendré par la divine essence , Les esprits et les corps sont nés de ta puissance ; Toute création sortit de ton conseil.
Et de ce haut sommet ton amour ineffable Descend pour revêtir notre argile coupable ! D'où peut venir l'honneur qui nous est octroyé? Si le ciel a voulu pacifier la terre , Sans sonder plus avant le fortuné mystère , Rendons grâce au Seigneur du céleste envoyé.
Il naît dans Éphrata , marqué par les Prophètes ; Une établc est le temple où commencent ses fêles;
l58 LA NOËL.
C'est là que , déposant son sublime fardeau , La Vierge d'Israël adore, la première.
Sur un autel formé d'un reste de litière , Le Prince de la gloire et du monde nouveau.
Des esprits descendus des sphères bienheureuses , Semant la vaste nuit de traces lumineuses , Chantent : « Gloire au Très-Haut et paix au genre humain » Ce n'est point le palais où la richesse abonde , C'est la tente du pâtre inconnu dans le monde Qui reçoit la faveur du message divin.
Et , du Messie ayant annoncé la venue ,
L'hymne révélateur remonte vers la nue ;
Et , croyants , les bergers laissent là leurs troupeaux :
Ils s'en vont vers l'Enfant des grâces souveraines ,
Et contemplent Celui qui doit briser nos chaînes ,
Pleurant emmaillotté dans de pauvres drapeaux.
LA NOFX. iTu)
Knfaiit, ne pleure point; dors, et que sur ta tète
N'ose pas de longtemps éclater la tempôte ;
De ta naissance encore ignorant le pourquoi ,
Le monde indifférent méconnaît ta lumière ;
Mais , découvrant ta pourpre un jour sous ta poussière,
Les peuples subjugués reconnaîtront leur roi.
Car l'Ange écartera les pierres de ta voie ; Ta parole au tombeau fera lâcher sa proie ; L*œil éteint , sous ton doigt , recevra la clarté ; Tu seras le bâton des pénibles voyages , Un guide dans la nuit pour la raison des sages , 0 Dieu de la misère et de l'infirmité !
Déceaibre 1860.