LE CHANT DE LA POLOGNE
(BOZE COS POLSKK.)
0 Dieu qui si longtemps , dans sa lutte guerrière, Fus de notre Pologne et le guide et l'appui, Qui préservas son front, paré de ta lumière, Du joug humiliant qui l'accable aujourd'hui ,
* Imité du texte donué par M. de Moulaleiubert, dans Lue nation en deuil»
l32 LE CHANT DE LA POLOGNE.
Tends-nous la main du haut de Ion trône sublime ; Rappelle devant toi les jours de ta bonté ; Fais-nous, Seigneur, fais-nous remonter notre abîme: Rends-nous notre patrie et notre liberté !
Dieu très -saint, qui plus tard, calmant notre souffrance, A notre sainte cause accordas des héros , Généreux pionniers , qui de la délivrance Ont souvent aplani le chemin de leurs os , Tu donnas pour témoin le monde à leur courage ; Le flot envahisseur en fut épouvanté!
Mais la mer de nouveau dévore le rivage... Rends-nous notre patrie et notre liberté !
Dieu dont le bras vengeur ne connaît point l'espace , Dont le jour éternel renferme tous les jours , Écoute un peuple en deuil qui te demande grâce Et contre l'injustice implore ton secours. Tu peux , en un clin d'œil , désarmer la puissance , Briser le long travail de la perversité !
LE CHANT DE LA POLOGNE. l'^.i
Dans les cœurs polonais réveille l'espérance ; Ilends-nous notre patrie et notre liberté !
Baume vivifiant des angoisses mortelles,
Que la vertu du sang de ton Fils bien-aimé
Ouvre la région des clartés éternelles
A tous ceux qui sont morts pour le peuple opprimé !
La gloire d'ici-bas n'est que peine et ténèbres.
Pour hâter leur repos dans la sainte cité ,
Daigne accepter nos pleurs et nos hymnes funèbres.
Rends-nous notre patrie et notre liberté !
Que ton souffle divin dise à notre jeunesse , Quoique près d'expirer dans des nœuds étouffants , Qu'il faut que tôt ou tard la Pologne renaisse , Et , libre , sur son sein presse tous ses enfants. Jusqu'au dernier tronçon bénis son cimeterre , Précipite l'espoir vers laréahté!
Dieu , nous t'en conjurons la face contre terre , Rends-nous notre patrie et notre liberté !
l34 LE CHANT DE LA POLOGNE.
Ah! si l'exil s'abreuve à si grande amertume ,
Si la patrie humaine a de si doux attraits
Qu'il faut, pour y rentrer, que l'homme se consume
Et jette à la moisson tant de sang pour engrais,
Malheur à qui perdra la patrie immortelle !
En attendant ce jour de terrible équité ,
0 Dieu compatissant , couvre-nous de ton aile..,.
Rends-nous notre patrie et notre liberté!
1861 , 29 septembre , Jour de S. Michel, patron des sainU combat».