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Dernières polémiques

Ce livre, préparé par r auteur lui-même il y a quelques années, devait être dédié au plus ancien de ses amis, son présentateur et son défenseur à /'Opinion publique, en 1849, et le premier éditeur des Prophètes du Passé,

Monsieur Louis HERVÉ.

MAZZINI

Mort à temps, — s'il est mort : car il a joué plus d'une fois au petit bonhomme vit encore, ce grand bonhomme de la Démocratie ; — mais, s'il est réellement et décidément mort, bête et venin, il a bien choisi son moment pour disparaître. 11 n'était qu'en retard d'un cercueil ; mais, au fond, il était déjà mort, — mort sur pied. Ce Vieux d'une Montagne qu'on ne gravissait plus ; cette idole d'une Démocratie athée maintenant à tous les genres de dieux, ce tranquille Jjipin, non plus assemble-nuages, mais assembleassassinats, qui trônait là-bas, dans sa brume anglaise, favorable à tous les coquins, et qui, comme Œnone dans l'oreille de Phèdre, soufflait le crime dans l'oreille des peuples, mais prudemment, lui ! avec une sarbacane de longueur, était tombé à l'état de vieille idole égyp-

tienne, aux mains sur les genoux, gardant pour ses besoins personnels ses petits papyrus, qu'il lançait autrefois dans l'espace : momifié, momie, n'ayant plus droit qu'au coup de chapeau à l'enterrement qui passe, — et on le lui donne en ce moment, — et tout cela depuis quel temps. ô Démocratie ?...

Depuis qu'à la place du poignard qui fait trop peu de besogne à la fois et qui expose sou homme, nous avons le pétrole fait pour la main des femmes et les pelotons d'exécution à l'heure, comme des fiacres !

Ce Damoclès de rois, dont l'épée ne tomba sur le front de personne, Mazzini, fut longtemps sinistre, et c'est bien quelque chose. Un raconte présentement à sa gloire qu'un jour il épouvanta ce héros àlunettes, le sieur Cayour, tremblant à sa vue, sur les jambes, comme un cheval effrayé : beau spectacle! Mazzini eut l'honneur d'être le lièvre terrible de cette grenouille épouvantée. Et pourtant, pour les hommes d'action, pour les hommes poilus, il n'était — lâchons tout ! — qu'un blagueur. Il n'aurait pas beaucoup pesé dans la main d'un Corse. — d'un de ces Corses qui cuirassaient l'Empereur contre les savetiers du poignard. Oh ! pour blaguer, il blasruait très

MAZZINI

Lien, — et majestueusement, — avec des airs d'encyclique, volés à l'Eglise, en sa qualité d'Italien ; mais le pétrole et les pelotons d'exécution ne sont pas des blagues. Et voilà ce qui a tué Mazzini, ce fainéant du poignard, sans avoir eu besoin de le passer par les armes. Pauvre Mazzini, exécuté, du coup, comme un archevêque ou comme un bourgeois! Voilà ce qui a détrôné et jeté au rancart, sans cérémonie, cette vieille guenille de roi et de pape démocratiques ; car il a été pape et roi à sa manière, dans le carnaval politique contemporain, cet avocat, qui, pendant quarante ans, — ô Bêtise humaine! es-tu assez plate ! — s'est assis insolemment sur l'opinion publique comme sur sa mule et qui l'a fait aller sous lui ! Et cependant, abominablement médiocre, quoique abominablement pervers, ce n'est pas — il faut le reconnaître — le premier ou le dernier goujat venu, que Mazzini. .Malheureusement pour lui, hélas ! ce n'est pas un goujat. Il est, après tout, au milieu des siens, et quand on le compare, un monsieur. Il est quelqu'un, un aristo, pour parler comme elles , insupportable à toutes les canailles, dans un temps donné, et ce temps est venu. Les lacs de fange ne permettent pas qu'on soit un obélisque, même de boue. Les

canailles, ces Mazzini multiples, qui ne conseillent pas l'assassinat de loin, mais le réalisent de près, ne souffrent pas de Mazzini seul : pas plus de Mazzini solitaire que de pouvoir unitaire ; car l'unité, c'est ce qui fait le plus d'horreur à ces multiplicités effroyables ; et elles ont raison , puisqu'elles sont le nombre, acéphale, brutal, étouffant. Pour elles, il faut être comme elles, la bête aux mille pieds. Les canailles, ces intéressantes sœurs cadettes de la Démocratie, et qui ne veulent, pardieu ! pas de droit d'aînesse, les canailles, ces monstres anonymes qui ne s'appellent pas plus Mazzini que Robespierre, et qui ne sont personne, n'entendent, sous aucun prétexte, qu'on soit quelqu'un, le plus mince, le plus maigre quelqu'un, fut-ce Robinson dans son île, et sans Vendredi ! Ces êtres sans tête qui ont coupé la tête aux rois pour les rendre égaux à elles, — et je le comprends, — c'étaient des ogres qui mangeaient tout! — ne respectent pas davantage celle du plus Petit Poucet parmi tous les Petits Poucets ! Tarquin décapitait les pavots ; elles décapiteraient les pissenlits. La Démocratie, la niaise aînée, croyait Mazzini un colosse. Gobe-mouche, qui a avalé cette montagne comme une hostie, et, comme une pierre, l'a gardée sur son gésier d'autruche. Mais les

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spirituelles sœurs cadettes, ces canailles auxquelles, si Dieu ne s'en mêle, appartient l'avenir, ont, à la lueur de leur pétrole, montré l'insignifiance de proportions et l'impertinence de cette ombre de grand homme, la bouffonne terreur de Cavour !

Et elles l'ont effacé en l'éclairant.

17 mars 1872.

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