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LITTÉRATURE ROUGE

un attelage de Rois, et, dans l'attelage de Guillaume, se trouvent entre autres Louis-Philippe III,

héritier des Bourbons, et Napoléon V, Roi de Corse. Et tous « ces pur sang — dit le poète — obéissent au moindre claquement de langue de leurs maîtres respectifs », quand la guerre éclate tout à coup entre les deux grands monarques de l'Est et de L'Ouest, mais immédiatement étouffée par deux grands hommes de l'Internationale de 1909, qui se nomme YUniou, et qui n'a rien ajouté aux errements de ï Internationale d'aujourd'hui. C'est, comme aujourd'hui, toujours le nombre auquel on apprend qu'il est le nombre et qu'il peut se révolter sans danger, puisqu'il est le nombre. Dans le poème de Stampft, il se révolte enfin et massacre à coups de fusil tous les Rois et tous les princes du monde, enfermés dans un cirque comme des bètes féroces, — tableau final de ce poème, qui n'a été entrepris, certainement, qu'en vue de ce dernier tableau !

Et voilà tout. Est-ce assez piètre, littérairement? \ù Internationale devenue l'héroïne d'un poème et agissant contre la Royauté par la main de deux grands hommes de fabrique moderne, dont l'un est un relieur et l'autre un gantier ! Ne voilà-t-il pas un sujet de riche Epopée ? Mais

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qu'importe à la Démocratie, qui demain peutêtre fora un nom au haineux imbécile auteur de cette sanglante billevesée!... qu'importe à la Démocratie, pourvu qu'elle se retrouve tout entière avec ses aspirations, ses espoirs, ses projets, ses pratiques ténébreuses, dans une œuvre misérable, il est vrai, de talent et d'intelligence, mais dont pour elle le fanatisme couvre l'ineptie ! Ce livre de Stampft est un renseignement et un enseignement à la fois. Il chante la pensée des républicains de l'avenir. Tuer les Rois un à un ne leur suffît plus. Ils rêvent mieux, et leur rêve poétique est de les immoler tous d'un seul coup avec le faste du supplice.

Les Rois — s'il en existe encore — sont prévenus.

[il avril 187:^.

LETTRES A. Ll PRINCESSE

Eh bien, non ! non !

Vous aurez beau dire, messieurs mes amis du Gaulois, en mon àme et conscience, les Lettres à la Princesse, que vous avez vantées sur le titre, qui est joli et qui fait rêver, et sur le nom de Sainte-Beuve, tout flambant neuf dans sa renommée, ces lettres sont... mauvaises. Elles sont insignifiantes et mal tournées, et ne feront aucun honneur à la mémoire de Sainte-Beuve; que dis-je ? elles vont la compromettre. Un légataire pieux envers cette mémoire aurait caché cela. Il n'aurait jamais permis à ces petits papiers de sortir du tiroir qui les garde. Mais il a fallu faire de ces petits papiers de petits écus pour mettre dans le petit boursicot1.

1 La connaissance personnelle qu'il fit, dans l'hiver de 1888, H

Ton! est là.

Mais Sainte-Beuve, lai, n'y est pas, — le Sainte-Beuve de ses livres, qui y met donc tout, dans ses livres, pour qu'il ne lui reste absolument rien à mettre dans ses lettres : car il n'y a rien, absolument rien, que l'embarras de les écrire pendant qu'il les écrit et le débarras de les avoir écrites quand elles sont finies! Elles sont lourdes et pataudes, ces lettres, et leurs amabilités les plus grandes sont l'amabilité, à tout bout de champ et à toute minute, de M. de Pourceaugnac dans la pièce : « Madame, je suis bien votre serviteur ! »

Qui me l'aurait dit, je ne l'aurais pas cru. Comment! Sainte-Beuve? Oui! Sainte-Beuve!

faisant, en lettres, un pareil fiasco? Des lettres, c'est si charmant, et c'est si facilement charmant! Pourvu qu'on ait un peu d'entrain, un peu de grâce, un peu de vie, on écrit toujours bien une lettre ! on tourne toujours bien un billet, — un pauvre petit amour de billet, — qui fait la pirouette et s'en va ! Et quand c'est à une femme qu'on écrit ! Et quand cette femme est une princesse ! Et quand cette princesse est celle

du dernier secrétaire de Sainte Beuve, changea totalement sur son compte l'impression de Barbey d'Aurevilly. 11 eut certainement modiflé ces lignes. (Note de l'éditeur.)

que vous savez et à qui écrivait Sainte-Beuve ! N'y avait-il pas là une inspiration, toute une source de coquetteries pour r homme le moins soucieux de plaire et le rendre, cet homme heureux, bien séduisant, à bon marché ?

Mais voilà ce que dans ses lettres — ses incroyables lettres ! — le pauvre Sainte-Beuve n'est jamais. Il s'y dit heureux de l'honneur qu'on lui fait, mais il n'en est pas pour cela plus séduisant. Il n'y a ni aisance, ni abandon, ni finesse, ni élégance, ni primesauterie, quoiqu'il s'y dise heureux de cet honorable bonheur. Il y est respectueux, et c'est tout, mais monotone et de petite bourgeoisie dans les formes de son respect. Dans ce respect qui le fige, on le sent, il perd tout grand air et même tout agrément de contenance. Il fait perpétuellement l'effet d'un homme assis délicatement sur le bord de sa chaise, qui brosse sans interruption son chapeau avec la manche de son habit pour qu'il soit plus lisse, cet honnête chapeau... et que les poils en soient mieux couchés... Il faut que tout se couche aux pieds de la Princesse ! Ah ! Voltaire,

où es-tu? Rappelez-vous Voltaire ! Voltaire avec les princesses! Voltaire écrivant aux princesses de cette plume osée et légère qui se permettait tout — et qu'il avait, ce monstre de tact! Voltaire, qui, de tous les hommes peut-être, eut le mieux ce don qu'il faut avoir avec les femmes pour les enlever même vertueusement, et que saint Grégoire de Nazianze, qui, pour être un prêtre, n'était pas un cuistre, appelait « le grand don de familiarité ». Il est vrai que Voltaire n'était pas Cogé, le professeur Coge pecus, comme il l'appelait, et que Cogé aurait peut-être écrit à la Princesse comme Sainte-Beuve le professeur. C'est le professeur, en effet, qui surplombe Sainte-Beuve dans ces Lettres a la Princesse. Je crois bien qu'il s'en serait tiré, sans la gaucherie immémoriale du professeur. Le professeur avait enfin été plus fort que l'homme du monde : car il avait été homme du monde, Sainte-Beuve, pas tout à fait comme d'Orsay, mais il l'aArait été... Je l'ai vu. moi qui vous parle, en habit bronze, couleur qui se raccordait mélodieusement à ses cheveux aventurine, et galantisant chez la princesse Belgiojoso (une autre princesse !). Mais l'habit noir du professeur avait succédé à l'habit bronze du dandy et sépulcrisé ses élégances. Il avait aussi aimé les femmes, Sainte-Beuve, —

pas tout à fait comme Lovelace, — mais discrètement, dans un coin, avec l'air honteux de Jean- Jacques derrière la chaise des demoiselles; et aimer les femmes apprend à leur écrire! Mais le professeur a tout empâté de l'homme du monde, de l'amoureux, du correspondant des princesses, et n'a laissé à la place qu'un très humble et très obéissant serviteur qui offre son respect, et son dévouement, et ses sentiments, toujours de la même manière. L'amour est un grand rabâcheur. L'embarras aussi.

Mais au moins c'est ce néant épistolaire de Sainte-Beuve qui me donne la plus grande idée de la bonté de la Princesse qui a pu lire toutes ces lettres et même qui y a répondu ! Les bonnes femmes — comme les grandes femmes — savent s'ennuyer. Mme de Maintenon savait supporter l'ennui affreux que lui versait sur la tête et le cœur le vieux Louis XIV; mais quelle raison, si ce n'est sa bonté, la Princesse que voici pouvait-elle avoir de supporter avec sourire l'ennui que lui crachinait incessamment Sainte-Beuve dans la petite pluie de ses lettres, et pour lui répondre jusqu'à la fin, — jusqu'au jour de son ingratitude, — quand il la quitta pour M. Xefftzer (drôle de goût!) qui ne l'avait pas nommé sénateur!! Jusqu'à ce jour odieux, elle avait essuyé

tout, ses très humbles serviteurs, ses morosités de vieillard, ses détails sur sa santé qui se détraquait, et les mornes et horribles angoisses d'un matérialiste poltron, qui tient à sa matière et qui sent qu'elle le quitte, et que l'enterrement civil, ce chacal! est là qui l'attend...

Certes ! l'amitié, et surtout le talent, ont le droit de tout dire; mais, ici, l'amitié a fini par une trahison etîe talent ne s'est pas donné, une seule fois, la peine de naître, en ce recueil où beaucoup de gens iront vainement le chercher. Comme épistolier, Sainte-Beuve est donc absolument nul. Il dit partout et sur tout aussi platement que M. Jourdain : « Nicole, apporte-moi mes pantoufles. » Presque tous les hommes de lettres laissent derrière eux des correspondances dans lesquelles ils mettent le meilleur de leur âme. Sainte-Beuve en laisse une dans laquelle il n'y a rien de son àme, et il y a de bonnes raisons pour cela! Il ne laisse que... Rabelais dirait le mot trop pittoresquement vif, mais mérité. Je n'accepte pas Sainte-Beuve, comme critique, sur le pied triomphal où il est admis; mais enfin il

fut un critique, et je me demande ce qu'il aurait dit de ses Lettres à la Princesse, si elles avaient été d'un autre que de lui et qu'il eût été obligé de les juger. C'est se moquer du mort et des vivants que de publier pareille chose. Mesurezles, si vousvoulezen voir l'abaissement, mesurez-les, ces lettres, aux correspondances de Voltaire, de Mme du Deffant, du prince de Ligne, de Lord ByroD, de de Maistre, de Joubert et de tant d'autres épistoliers fameux. Je le répète, cette publication est tout à la fois imprudente et honteuse. Je prends la responsabilité de cette opinion sur ma tète ; et qu'on réagisse ou qu'on regimbe, peu m'importe!

Comme le Taciturne, je maintiendrai !

13 avril 1873.

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