‹ Dernières polémiquesChapitre 19 sur 59 · LES ÉLECTEURS BARODET A L'ODÉON · texte numérisé non relu

LES ÉLECTEURS BARODET A L'ODÉON

victorieusement avec elle, que leurs quatre mains aient faibli sur la corne du taureau, qu'ils ont prise, du moins, s'ils n'ont pas renversé la bête, ce n'est pas la question pour moi, qui ne suis pas aujourd'hui critique de théâtre. La question pour moi, c'est la beauté crâne de cette donnée qui a, pendant deux actes et demi, empoigné tous les cœurs de la salle, et à laquelle tous ces faibles cœurs épouvantés, n'en pouvant plus sous cette étreinte, ont fait un écart et ont impétueusement échappé.

Qu'ils y eussent échappé plus tôt ; qu'ils n'eussent pas, dès le premier acte, supporté la scène de l'orgie, où le fils s'abîme devant son père impassible dans la triple dégradation des femmes, du jeu et du vin ; qu'ils n'eussent pas supporté cette donnée, plus cruelle que celle d'Atrée, car le sang du fils qu'il fait boire au père est du sang qu'il n'a pas souillé, je ne m'en serais pas étonné. Mais c'est quand le public — toute la salle — a pendant deux actes et demi accepté ce père et sa vengeance, que tout à coup, démoralisé par le sentiment, il «se soulève, parce

que ce père est fidèle à sa haine et à sa vengeance, et les auteurs fidèles à leur donnée, en faisant envoyer le fils par le père au rendez-vous où il va certainement être tué! C'est ici, pourtant, et non plus tard, que les sentiments niais ont fait explosion, et que le public, le vieil épicier, s'est démené furieusement dans son caveçon de vertu el de paternité indignées. Cependant, la situation était moins inattendue et moins forte que tout ce que le bonhomme cabré avait avalé jusque-là. En effet, un amour partagé par une fille innocente et charmante arrache le jeune libertin aux influences effroyables de son père. Il est sauvé. Et c'est alors que le père, trompé dans les espoirs. les lenteurs et les saveurs de son atroce vengeance, se résout d'en finir d'un coup avec ce fils exécré et à l'envoyer tuer par un mari outragé, puisqu'il ne peut plus le pourrir. Certainement, pour qui sait comprendre, la situation est moins effroyable qu'au premier acte, quand le père dévoile le projet de son infâme vengeance ; niais qu'est-ce que cela fait au public, la logique d'un caractère ou d'un drame? Je le voyais qui, depuis quelques instants, soufflait comme unmarsouin, et c'est ce souffle de marsouin qu'il a poussé dans son sifflet. Et quel tapage !

Il a sifflé comme il siffle quand il ne corn-

Page 1