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LA LÉGION D'HONNEUR

qui, par le nombre seul de ses légionnaires, trop multipliés chaque jour, se déconsidère et finira, dans le sentiment public, peut-être par mourir.

L'aurait-il prévu, ce grand homme?. .. Auraitil prévu que dans un temps donné, sa Légion d'honneur pouvait être déshonorée?... Il n'avait pas vu que cette institution qui n'était ni militaire, ni aristocratique, ni monarchique, mais qui voulait être tout cela, en voulant être révolutionnaire par-dessus le marché, ne pouvait avoir de solidité d'aucune sorte. Il n'y avait qu'une monarchie pure pour créer ce qu'on appelle un Ordre et l'entourer de ces prestiges qui SDntla force des Ordres comme des Sociétés. Napoléon, qui croyait à peine, n'entoura pas son institution de la Légion d'honneur des majestueuses cérémonies d'une religion à laquelle la Révolution ne croyait pas. Rappelez-vous l'ordre de Saint-Louis, par exemple, et comparez! Rappelez-vous la communion, le serment sur les Evangiles, le coup du plat de l'épée sur l'épaule de celui qu'on faisait chevalier, le baiser des frères d'armes, et comparez ces choses, magni-

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Tiques et sacrées, au simple ruban de la Légion d'honneur el au brevet qui donne le droit de le porter! Assurément, Napoléon, cet homme de taille d'Epopée, était capable de comprendre la grandeur et la force de ces Ordres chrétiens qui s'appuyaient sur le glaive et la croix: mais il avait affaire à la Révolution... Et voilà pourquoi il fit entrer dans une espèce de farandole universelle, l'artiste, le prêtre, le soldat, le juge, l'industriel, tout le monde enfin, tout le monde, sans même spécialiser personne par la couleur variée du ruban, que demanda Charles Fourrier, ce grand esprit faux, et ce jour-là juste: — mais, sans sortir de la Révolution, il aurait pu mieux s'inspirer.

Il y avait, dans ce temps-là, une sublime disposition législative qui disait que tout grenadier. pour entrer dans la Garde des Consuls, devait avoir reçu trois blessures à la poitrine.

Ce n'était pas vague, cela, c'était net ! et de quelle netteté! (l'était déjà la Légion d'honneur avant l'institution napoléonienne de la Légion d'honneur.

Pour celle-là, il aurait été impossible à la République et à l'ambition, aux intrigues et à l'envie des républicains, de jamais la déshonorer !

23 janvier 1881.

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