LE CATHOLICISME INSULTÉ
Figaro, ne voient plus dans l'idée religieuse qu'une maladie de l'esprit humain qui a, comme toutes les maladies, son action et sa réaction nécessaires. Quand l'idée religieuse est le catholicisme, l'action, c'est la pureté des vierges, et la réaction, c'est l'immondice des de Sade! Gela ne manque jamais. Cela se suit. C'est la réaction naturelle et la révolte de la réalité humaine contre l'idéal et contre l'impossihie ! Pour le Figaro, ceci est clair de toute la clarté d'une bêtise. Ceux-là qui s'appellent des naturalistes, en littérature, ne peuvent pas évidemment comprendre l'idée surnaturelle, telle que toutes les religions du monde l'ont toujours entendue, et particulièrement le catholicisme, qui l'a fait couler et entrer plus large et plus puissante par le canal des Sacrements, dans l'humanité. Les contempteurs de toute spiritualité dans les choses de ce monde ne se préoccupent que du fait qui les défie et dont la cause première doit leur échapper à jamais. Ils ne voient, ces myopes, que le fait, et ils appellent science de le décrire, et c'est même en littérature leur métier. L'enseignement moral que la religion tire de ces faits, ils s'en moquent avec leur suffisance de pédants et leurs jabotages de dindons ! Mais leur moquerie en rencontre une autre qui mange la
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leur comme le serpent d'Aaron dévora les autres serpents, et c'est la nôtre, à nous, qui ne croyons pas que la science ne soit que la description du fait, et qui, quand il s'agit d'un livre, mettons ailleurs sa moralité ! Nous la mettons où la place le catholicisme, nous la mettons dans les conséquences inévitables que l'esprit humain doit en tirer, d'après les lois qui le régissent; nous la mettons enfin dans l'enseignement.
L'enseignement est tout, en effet, dans les choses humaines, et les choses humaines ne sont rien sans lui. Cet imbécile naturalisme qui se butte le nez contre le fait et qui se l'y écrase avec impassibilité, ne sérail rien s'il n'enseignait pas quelque chose. Mais il enseigne qu'il n'y a, en littérature, que le fait, son étude et son analyse. Gela est radicalement faux en soi. Mais ce n'est pas cette fausseté en soi qui fait le danger et l'immoralité d'une pareille thèse, c'esl son enseignement. Les livres les plus dangereux et les plus immoraux sont ceux donl l'enseignement fait du bien le mal et du malle bien ; et quoique les livres de de Sade (puisqu'on en ose parler) soient immondes et rendus plus immondes encore
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par la langue dans laquelle ils sont écrits, leur crime et leur danger sont bien moins leurs abominables tableaux que les abominables sophismes qui les accompagnent; car de Sade esta toute page de ses livres l'exécrable apôtre des horreurs qu'il décrit. Il les prêche! Or, si à côté de la description du péché, fut-elle violente, renseignement du catholicisme était écouté, cet enseignement, qui de tous les enseignements est le plus pur, empêcherait les de Sade de naître, — et ils ne naissent même que quand il n'est plus! Et l'Histoire, du reste, l'a bien prouvé au xvme siècle. C'est l'athéisme qui a fait le marquis de Sade, après Diderot et Voltaire. Ce n'est pas ce qui restait alors de catholicisme parmi nous. Allez ! c'est quand il n'y a plus que des faits pour l'intelligence déshonorée et qui a perdu des aspirations plus hautes que ces faits analysés, mais impénétrables, qu'apparaissent les marquis de Sade, se vautrant dans la boue de ces faits ! Les théoriciens du fait à décrire peuvent reconnaître alors dans ces écrivains hideux pour <]ui la boue même est un fait, de hardis applicateurs de leur théorie, et si eux ne vont pas aussi loin que ces exécrables descripteurs dans leurs descriptions, ce n'est pas, croyez-le bien ! le dégoût ou l'épouvante ou un reste de noblesse
dans leur esprit qui les arrête sur la pente terrible... Ils ne croient qu'à lamatière! Pourquoi s'arrêteraient-ils? À une époque où les pouvoirs publics sont des Impuissances et au lieu de mener les nations sont menés par elles, dans un temps où l'immoralité roule partout et s'étend comme un fleuve débordé, que risqueraient-ils, en effet? Mais s'ils s'arrêtent avant d'arriver au Sadisme, c'est qu'ils n'ont ni fureur de tempérament, ni résolution de volonté dépravée, mais, honteusement dans la matière sans àme dont ils sont pétris, c'est qu'ils se trouvent avoir je ne sais quelle lâcheté organique qui n'en peut faire jamais que des de Sade avortés !
Ils ne sont que cela, taudis que l'écrivain catholique qui peint, comme eux, le péché, le peint, comme Bossuet le peindrait s'il avait à le peindre, parce qu'il est toujours prêt à en tirer l'enseignement chrétien, parce qu'il ajoute toujours la moralité de l'idée chrétienne à sa peinture de l'excès... Et quand même l'Art lui défendrait de l'exprimer, on sentirait encore au frémissement de son pinceau que c'est une horreur salutaire ou l'indignation qui le font trembler!
Voilà ce qu'il fallait dire au Figaro pour le rappeler au sentiment du respect!
29 janvier 1881.