‹ Dernières polémiquesChapitre 46 sur 59 · DU CRIME · texte numérisé non relu

DU CRIME

Du temps de Panurge, ils ne sautaient que dans la mer. A présent, ils sautent dans le vitriol, et ce n'est pas eux qui s'y brûlent: ils y brûlent les autres ! Si ce n'était qu'eux, on les laisserait faire, mais ce sont les autres et on ne les en empêche pas! Depuis le premier qui, dans ces derniers temps (car c'est là une idée et un crime modernes), a trouvé ingénieux et facile de se servir du vitriol comme d'un instrument de haine et de vengeance, comptez, si vous pouvez, combien nous avons eu de vengeances au vitriol ! Hier encore, pas plus tard qu'hier, des journaux nous ont appris qu'un mouton de Panurge de plus a sauté; mais celui-ci a. du moins, une pe-

tite originalité. Il n'est pas mouton tout à fait comme les autres. Il est d'une autre bergerie... C'est un mari, un amoureux mari, qui a vitriolisé sa femme pour le motif le plus aimable... tout uniment parce que cette revêche lui refusait, aurait dit Prudbomme, l'exercice de ses droits d'époux... Il a cru que le vitriol serait un bon moyen de faire cesser des résistances qui le contrariaient, cet honnête homme ! C'était un bon républicain. Il s'est souvenu de la formule républicaine : « La fraternité ou la mort! » et il a dit à sa femme : « De l'amour ou du vitriol ! »

Les juges, dans cette cause tragique et comique tout à la fois, ont admis, comme presque toujours, les circonstances atténuantes qu'ils admettent, quand ils n'acquittent pas. Cependant, dans l'espèce, il y avait préméditation. Le mari avait plusieurs fois menacé sa femme de la terrible fiole. Dans l'absence de texte de loi positif et déterminant, ils ont fléchi devant la peine. Le crime au vitriol, qui est bien le crime le plus lâche, le plus cruel et le plus facile des crimes, la législation, que je sache, ne l'a pas prévu. Cette

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