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La votre n'a plus un seul prince. Vous l'en avez décapitée. En voici un qui se lève. Evidemment, c'est un anachronisme ! Un prince qui ait le sentiment de son droit, et qui. pour ce droit, tire l'épée, cela ne s'était pas vu depuis la duchesse de Berry, qui malheureusement se souvint trop qu'elle était femme, quand elle était si bien un homme ! Hélas ! même avant l'héroïque amazone, les princes étaient finis. Le sentiment de la souveraineté, le Droit royal, avaient failli dans leurs faibles cœurs.
Louis XVI ne crut pas lui-même, et ce fut sa manière de ne pas croire à Dieu ; ce fut son crime religieux : car il avait été sacré à Reims, et ce n'était pas pour sacrifier ou diminuer le droit de son fils qu'il l'avait reçu en héritage. Louis XVIII demanda au peuple pardon d'être roi, sa charte à la main. Charles X, l'absolu Charles X (et sous ma plume ce n'est pas une injure), Charles X, qui eut le courage des Ordonnances, mais pas le cœur de les soutenir, s'en alla en exil doutant de ce droit qu'il avait de tenir raide l'épée et la brisant dans les mains
de son fils. Louis-Philippe, qui n'était, il est vrai, qu'un fragment de roi, mais qui avait consenti à son échancrure, s'en alla, non pas en roi qui renonce, comme Charles X, mais platement, furtivement, ayant au dos le vent populaire qui l'avait amené et qui le remporta ; et ses fils, jeunes, braves, victorieux, qui pouvaient nous défaire de la République de 1848 et marcher sur Paris avec l'armée d'Alger, qui les avait vus au feu, prirent, dès que la République eut parlé, modestement le parapluie de monsieur leur père, et filèrent, à leur tour, vers l'exil.
Voilà les princes de ce triste temps ! Quand donc il y en a un qui croit en lui et à son droit, qui ne craint pas qu'on l'accuse d'aventure, — qui, ne s'humiliant devant personne, ne baise pas les pieds de cet infect suffrage universel qui pue des pieds, et qui joue ce dernier atout du droit, de la fierté, de la noble confiance à quelques fidèles, du mépris du danger, de la chance de mourir, c'est imprudent, je le reconnais, mais c'est beau ! et, quoi qu'il arrive, immortellement beau ! Et Nos Seigneurs les princes de ce temps abaissé peuvent vous envoyer respectueusement leurs cartes, Sire ! car vous avez relevé leur métier de princes, car
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vous avez prouvé que vous avez l'esprit de leur état... qu'ils n'ont plus !
Donc, vous pouvez aller en avant, Sire ! Si vous reprenez votre trône à la pointe de votre épée, comme ce Charles YII (que ce soit un augure !) dont vous portez le nom et le chiffre, ce sera là une justice faite par le courage, et une preuve que le Droit royal n'est pas mort, quoiqu'ils s'imaginent en piétiner la tombe, et qu'une monarchie, quand on désespère des monarchies, peut encore sortir de ces bas-fonds de république dont la vase détrempe le sol de l'Europe amollie ! Si, au contraire et par malheur, ils ont bien jugé, ceux qui vous haïssent et qui vous appellent insolemment: monsieur Don Carlos, comme on disait : madame Veto ou : la femme Capet dans un autre temps d'insolence ; s'ils ont bien jugé aussi, ceux qui vous aiment et qui tremblent pour vous : si votre épée, tirée au soleil de l'Espagne, ne fascine pas, n'aimante pas assez d'épées pour trouer et pour vaincre les masses empilées contre vous, alors vous voilà un exemple et un sacrifice, les deux plus grandes choses que puissent être les hommes ! Et d'être cela dans l'Histoire vaut mieux que les quatre planches d'un trône dans le temps ! Enfin, si vous succombez, Sire, si vous êtes tué les
-)i DERNIKRES POLEMIQUES
armes à la main: ou si. pris, ils vous tuent... Êh bien, Sire, vous serez plus heureux que Charles-Edouard, ce romanesque de l'Histoire plus poétique que les plus grands, qui eut le malheur de mourir prosaïquement en Italie ! Vous, Prétendant, vous mourrez en Roi, ce qui est une manière de l'être ! Votre mort, glorieuse pour vous, servira à la cause de ces monarchies qu'on croit perdues et qui peut-être le sont... Elles ont assez péché pour cela ! Votre mort frappera sur les cœurs qui les aiment et qui voudraient les relever. Et si la méconnaissance et l'abandon du Droit monarchique par ceux qui devaient le représenter et le garder les rend désormais impossibles, vous serez l'épitaphe glorieuse des monarchies mortes. Vous ne vous serez pas rendu aux canailles contemporaines, qui veulent passer sur les trônes comme un flot de fange révolté ; et dans la tombe vous emporterez tout entier le drapeau sous lequel peuples et rois ont combattu et fait la gloire de leur paya... Malheureusement, l'horizon est si noir et le temps si plein de désespérance, que le mieux pour vous et pour le monde qui vous regarde et qui a désappris d'admirer, est peutêtre de mourir dans cette lutte suprême que vous n'avez pas redoutée.
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Les races qui finissent ont îles devoirs envers la gloire des aïeux. Il ne faut pas, comme Charles-Edouard, mourir en Italie ; il ne faut pas. comme Carloman. entrer au cloître, malgré la majesté et la sainteté de l'endroit. Race de héros, il faut mourir en héros. Vous l'avez compris, Sire.
Vous êtes le dernier Roi d'Espagne, le Rey netto : c'est à ce Roi-là, et non à l'autre, savoyard ou constitutionnel, que je dis aujourd'hui: Vive le Roi !
22 mai 1872.