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ENCORE UN SIGNE DU TEMPS

Oui ! encore un, mais c'esl le dernier.

Après celui-là, il n'y en a plus. Il n'y a plus que la fin, — la fin définitive et suprême, la fin de la France : Finis Galliœ, comme il y a eu la fin de la Pologne : Finis Po/onicV, malgré l'héroïsme des Polonais. Et cette dernière étoile, tombée comme dans l'Apocalypse, et l'Apocalypse n'est pas ici de trop, car nous sommes vraiment dans une époque apocalyptique d'absurdités et d'anarchie, ce signe du temps et de notre misérable décadence, le voici !

Dans un pays qui fut militaire, dont la meilleure et la plus grande gloire a été d'être militaire, dans cette France que Chateaubriand a

appelée : la France soldat, il vient de se rencontrer, pas plus tard qu'hier, un soldat, un officier, un chef, un héros, qui est venu, en pleine tribune, fouler aux pieds la tradition historique et militaire, la discipline, l'obéissance dans sa sublime passivité, tout ce qui fait la force, l'honneur, la vertu du commandement et des armées. Le colonel Denfert-Rochereau, le défenseur de Belfort, a donné ce triste spectacle, lui qui à Belfort en avait donné un si grand !... Ah ! certes! au moment où les peuples ont leurs folies qui vont les perdre, autant que les rois ont eu les leurs, qui les ont perdus, nous n'avions pas vu encore se dresser, du fond du Charenton social, une plus grande et plus elïrayante démence, et ce qui en fait la grandeur et le danger, c'est le nom de l'homme de cette démence, qui peut la rendre contagieuse, seulement de par la fascination de son nom !

Que si l'homme qui l'a exprimée était un de ces déclamateurs de la gauche, pris dans le tas, que nous importerait ! Nous savons ce qu'ils pèsent et ce qu'ils signifient. Nous sommes accoutumés à leurs folies, à leurs niaiseries, à leurs sophismes et à leur patriotisme hypocrite et faux. Ils sont au plain-pied le plus humble ; ce qu'ils disent ne tombe sur personne! Par elle-même;

ENCORE UN SIGNE DES TEMPS o'J

leur parole n'a pas d'importance. Gela ne se relève pas. On méprise et on passe. Mais le colonel Denfert n'est point de ces gens-là. C'est un homme taillé dans l'étoffe des grands hommes de caractère, et ce qu'il dit tombe du socle sur lequel nous l'avons tous mis, c'est-à-dire de très haut! Une erreur, un sophisme, une détestable théorie de révolution, comme celle qu'il vient d'articuler à la tribune, ne peut donc point passer sans qu'on y touche, parce qu'elle est couverte et protégée par le bouclier de son nom. Elle ne peut pas passer sans qu'on la flétrisse, par respect pour lui et pour sa gloire ; et plus on la flétrira, cette anarchique théorie, plus à lui, qui ne l'a pas sortie de son cœur, mais de son esprit troublé, empesté par de fausses idées, plus on témoignera de respect!

Le colonel, dans cette théorie si peu colonelle, veut que l'obéissance passive soit remplacée par l'obéissance intelligente. Voilà donc comme les hommes d'action et de pratique dans ce temps qui pourrait tout, deviennent des rêveurs ! Il plante la loi derrière le chef pour nullifîer le chef et son commandement. Il appelle L'officier

à juger entre celte loi, interprétée par lui, et l'ordre absolu de son supérieur. C'est, en un seul mot, l'examen individuel, c'est le protestantisme introduit dans l'armée; c'est par censéquent la dissolution en un temps donné et qu'on peut calculer, de l'armée qui s'en ira au diable et tombera rapidement par morceaux sous le coup de cette belle théorie.

Le protestantisme fera dans l'armée ce qu'il a fait partout. Il a tué les sociétés religieuses, même celles qui se réclament de lui ; et s'il n'a pas tué le catholicisme, c'est que le catholicisme est fondé sur une idée surnaturelle qui n'est pas à la portée des hommes. Il est présentement en train d'expédier les sociétés politiques. L'armée, cette forteresse d'hommes, bâtie avec le ciment romain de la discipline, avait jusqu'ici résisté à l'action dissolvante de ce protestantisme antisocial, qu'on baptise du nom d'initiative individuelle et éclairée et qui n'est après tout que le plus aveugle enfantement de l'orgueil; mais si on laissait faire le colonel Denfert, c'en serait fait aussi de ce dernier refuse de l'obéissance, et, il faut bien le dire, des nations, car à l'heure qu'il est, il n'y a plus de nations que dans les armées. Partout ailleurs, des parlements ! En dehors des armées qui en rappellent les cons-

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