Voyez la thèse de M. Félix Thomas, professeur de philo
ne nous a fait écho. Le merveilleux polygraphe qui a tout lu et qui écrit sur tout et sur tous avec tant de bonté ignore l'existence de nos études et continue d'affubler le pauvre socialiste de 1848 du masque grotesque que la tradition a fixé sur sa noble figure. Telle est la puissance des jugements convenus! telle est, contre l'erreur consacrée, l'impuissance de la vérité produisant ses preuves et ses textes !
On peut trouver que c'est décourageant. Comme les demi-sages d'un scepticisme égoïste, on voudrait s'enfermer loin du monde dans la culture étroite de son petit jardin, si Ton ne se rappelait la maxime généreuse chère à Guillaume le Taciturne : « Point n'est besoin d'espérer le succès pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »
Nous nous imaginions tous autrefois que l'écrivain excellent qui meurt obscur ou connu à peine d'une élite peut expirer le sourire aux lèvres, ayant, dans le chef-d'œuvre qu'il laisse après lui, la promesse de la' vie à venir. C'était une naïve illusion, que je n'espère pas avoir ruinée dans ces Dernières variations sur mes vieux thèmes, et dont il faut, au contraire, souhaiter le maintien parce qu'elle est utile. Les choses ont beaucoup moins de
sophie, sur Pierre Leroux, et mes deux articles de la Bibliothèque universelle sur cette thèse, recueillis dans mes Questions esthétiques et religieuses (Bibliothèque de philosophie contemporaine), Alcan, 11)06.
réalité que les idées; seules, les idées vivent et agissent. Notre livre ne vit point par cela seulement qu'il existe sur le papier : il n'a qu'une possibilité permanente de vivre ; et cette permanence menace de nous faire attendre toujours, et cette possibilité risque de ne jamais devenir un fait actuel, parce qu'il n'y a aucune nécessité en soi, d'abord pour qu'un chef-d'œuvre soit rappelé à la vie par quelque héraut de la renommée, ensuite pour que ce rappel soit entendu.
Donc il est manifestement absurde d'espérer que les erreurs et les injustices de l'heure présente seront réparées à coup sûr par je ne sais quelle divine omniscience de la postérité.
Tous les hommes — ou presque tous — aspirant naturellement à survivre sans pouvoir ni choisir ni deviner la forme de cette survivance, leurs rêves s'égarent dans des directions différentes.
Celle où s'attache le rêve de l'écrivain est de signer un livre mémorable. Substitut illusoire de l'immortalité personnelle et substantielle! C'est celle-ci que l'amant de la vie doit vouloir conquérir d'abord. L'écrivain le peut comme les autres hommes. Mais pour cette conquête solide il faut plus et mieux que la victoire du style, qui n'est que vanité. Il faut, par nos ouvrages, travailler pour le bien, pour le service et pour la gloire de Dieu, disait l'antique piété, comme d'autres agissent par
la parole, parles œuvres matérielles, parles actions utiles. Si son activité littéraire est bienfaisante, l'ouvrier de la plume, dès son existence mortelle d'aujourd'hui, vivra de la vraie vie qui commence et qui ouvre la vie éternelle.
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BIBUOTHECA Pftavfensis