De l'humanité, t. II, p
sur la double nature du Christ, sur le Dieu vivant, père des hommes, sur la régénération, sur la vie éternelle qui est la seule vraie vie et qui commence avant la mort, et les lignes que je viens de transcrire1 sur la nouvelle naissance sont l'expression complète et achevée de l'essence même du christianisme. Leroux est un précurseur du protestantisme libéral, un fondateur du christianisme rationnel, — compromis médiocre aux yeux des théologiens qui démontrent (assez plausiblement, peutêtre) que, sans mystères surnaturels, la religion s'effondre et s'évanouit en philosophie, — mais suprême ressource de la foi, qui décidément est perdue si elle ne sait pas concilier ses espérances avec les certitudes de la science humaine.
Ce penseur remarquable est en même temps, dans plusieurs pages très belles, un écrivain. Il mérite qu'on le lise et qu'on le relise, qu'on en fasse des extraits et qu'on les cite; car il confirme l'observation si juste de Schopenhauer que les expressions anciennes de vérités, — moins changeantes dans leur fond qu'on ne croit, — sont souvent bien meilleures que leur forme la plus récente.
Cependant Pierre Leroux demeure inconnu et méconnu en tant que philosophe chrétien. Nous avons essayé de réhabiliter sa mémoire2 : personne
1. Je les avais déjà citées dans la Bibliothèque universelle de novembre 1904.