‹ Derniers chantsChapitre 21 sur 65 · JÉSUS-CHRIST DANS LES LIMBES · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST DANS LES LIMBES

Bruit qui viens dcclorc , Frappe les échos! Frémis , bois sonore !

Soulevez- vous, flots Oui dormez encore!

Sors, en les chassant, De ces brumes sombres, Jour éblouissant !

Déchirez-vous , ombres !

Jésus-Christ descend.

C'est l'astre sans déclin, c'est le soleil du juste

Devant sa face auguste , Bruits, parfums et couleurs, tout a ressuscité 5 Reprenant sa parure avec sa mélodie,

La nature engourdie Se ranime aux rayons de la Divinité; Et des bois murmurants a qui les bois répondent, Des champs, des airs, des eaux dont les voix se confondent, S'élève un cri sublime , un concert enchanteur, Un hymne d'allégresse et de reconnaissance, Adressé par la vie à la toute-puissance De son éternel Créateur.

La foule exilée

Qui peuple ces bords

Suspend sa volée Aux premiers accords Que rend la vallée.

Frappés dans leurs jeux Par l'éclat rapide Qui jaillit des cieux , De leur main timide Ils couvrent leurs yeux.

Mais Jésus-Christ paraît, sourit, et son sourire,

Dont ne se peut décrire , Sans un pinceau divin, l'ineffable bonté, Semble s'épanouir sur leurs traits qu'il colore

Comme une fraîche aurore Sur les fleurs dont l'éclat réfléchit sa beauté. Pourtant, n'osant céder au charme qui l'attire, Chacun d'eux en tremblant s'avance et se retire, Lorsque Jésus leur dit, pour calmer cet effroi, D'un son de voix plus doux, plus caressant encore

188 l\ MIRACLE.

Que Tappel dune mère a son fils qu'elle adore « Petits enfants , venez à moi ! »

Tout l'essaim se môle, S'envole, et, pareil A la blanche grêle Qui brille au soleil , Tombe pêle-mêle.

L'un en s'abattant A la main s'attache , D'orgueil palpitant; L'autre , au lin sans tache Du manteau flottant.

Celui-ci, qui s'agite autour de l'auréole, A travers ses feux vole ,

Comme le papillon par la fiammc attiré ;

Le plus hardi de tous plane un moment et pose

Ses deux lèvres de rose Sur les cheveux du Christ et sur son front sacré. 11 les traîne après soi comme des tourterelles, becquetant ses habits, sautant, battant des ailes, Luttant et se heurtant dans leurs débals jaloux; Puis il lève sur eux ses deux mains bénissantes , Et tous, courbant soudain leurs têtes innocentes, Ils pont tombés a ses genoux.

La charmante image Que ces chérubins Courbant leur visage Et joignant leurs mains Pour lui rendre hommage

1/air silencieux, L'eau sous la bruyère, L'oiseau dans les cicux , Comme eux en prière, Sont muets comme eux.

L'onde, qu'aux bords voisins le Sauveur a puisée,

Brille , tombe en rosée , Et leur front virginal est a peine humecté, Qu'une flamme divine a l'entour étincelle ,

Que leur beauté nouvelle Rayonne d'exislence et d'immortalité.

« Allez , leur dit Jésus , allez trouver Marie ; Aux pleurs du repentir elle s'est attendrie, Et mon Père, a sa voix, vous a délivrés tous. Allez, petits élus de la grâce éternelle, Jouer aux pieds du Dieu qui d'exil vous rappelle ; Pour la patrie envolez- vous ! »

Un cri sous l'ombrage S'élève, et montant, Comme un blanc nuage, Ce peuple en chantant Part pour son voyage.

Suivant d'un vol sûr Sa roule inconnue

A travers l'air pur, La joyeuse nue Se perd dans l'azur.

Restait une ombre encore, au rivage attachée,

Qui, la tête penchée, Ouvrait ses grands yeux bleus de surprise interdits. Muette sous ses pleurs, pensive et solitaire,

En rêvant à la terre Elle oubliait les cieux et leur doux paradis. Tout émue à l'aspect de Jésus qui s'avance, De peur d'être surprise en désobéissance, Elle aussi, mais sans joie, avait pris son essor. Quand le Dieu la retient par le bout de son aile, Puis l'entoure d'un bras, puis s'envole avec elle En lui disant : « Foi, pas encorî »

L'enfant, dans l'étreinte Sur lui se serrant, A la barbe sainte Des deux mains se prend Et dit avec crainte :

« Ange aux yeux si doux , Vers quelle demeure Tous deux volons-nous?

A celle qui pleure Me rapporlez-vous? »

CHANT QUATRIÈME

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