‹ Derniers chantsChapitre 39 sur 65 · AI HEU · texte numérisé non relu

AI HEU

Dès que la feuille était lance, Ta parlais la première, cl moi, Avant toi je pars celle année ; Mais reviendrai-je comme toi?

Qu'ils soient l'amour d'un autre maître, Ces pêchers dont j'ouvris les bras!

Leurs fruits verts, je les ai vus naître; Kougir je ne les verrai pas.

J'ai vu des bosquets que je quitte Sous l'été les roses mourir; J'y vois planter la marguerite :

Je ne l'y verrai pas fleurir.

Ainsi tout passe, et l'on délaisse Les lieux où l'on s'est répété :

« Ici luira sur ma vieillesse » L'azur de son dernier été. »

Heureux, quand on les abandonne, Si l'on part, en se comptant tous, Si l'on part sans laisser personne Sous l'herbe'qui n'est plus à vous.

Adieu, prairie où sur la brune, Lorsque tout dort, jusqu'aux roseaux, J'entendais rire au clair de lune Les lutins des bois et des eaux, Qui, sous ses clartés taciturnes, Du trône disputant l'honneur, Se livraient des assauts nocturnes Autour des meules du faneur.

Adieu, mystérieux ombrage, Sombre fraîcheur, calme inspirant; Mère de Dieu , de qui l'image Con sacre ce vieux tronc mourant, Où , quand son heure est arrivée , Le passereau loin des larcins Vient cacher sa jeune couvée Dans les plis de tes voiles saints.

Adieu, chapelle qui protège Le pauvre contre ses douleurs ; Avenue où, foulant la neige De mes acacias en fleurs,

Lorsque le vent l'avait semée Du haut de leurs rameaux tremblants, Je suivais quelque trace aimée, Empreinte sur ses flocons blancs.

Adieu, flots, dont le cours tranquille, Couvert de berceaux verdoyants, A ma nacelle, d'île en île, Ouvrait mille sentiers fuyants , Quand, rêveuse, elle allait sans guide Me perdre en suivant vos détours Dans l'ombre d'un dédale humide Où je me retrouvais toujours.

Adieu , chers témoins de ma peine , Forêt, jardins, flots que j'aimais!

Adieu, ma fraîche Madeleine!

Madeleine, adieu pour jamais!

Je pars-, il le faut, et je cède; Mais le cœur me saigne en partant.

Qu'un plus riche qui te possède Soit heureux où nous l'étions tant!

TRAGÉDIE ElVf CINQ ACTES.

* Quatre actes de cet ouvrage étaient entièrement termines, mais un acte et demi seulement était écrit.

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