‹ Derniers chantsChapitre 43 sur 65 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

MÉLUSINE

Qui sait?

GONTRAN

Vous, si fière D'avoir de tant d'erreurs secoué la poussière! Quelle pitié! Laissez les vulgaires esprits Croire a ce merveilleux dont ils sont tous épris. Que souvent d'un hasard l'homme fait un miracle!... Mais ce hasard aussi dément plus d'un oracle : Lusignan sur ces bords fut l'exemple vivant Des maux que nous prépare un espoir décevant. Tenté par l'avenir, il quitta sa patrie : Son sang devait, dit-on, régner sur la Syrie; Et, comme votre mère, attachée à son sort, En y cherchant un sceptre il y trouva la mort.

MÉLUSINE

Son sang bat dans mon cœur, Gontran.

CONTRAN.

Vous êtes vaine :

S'il n'a pas été roi, vous pouvez être reine ; C'est la votre pensée ; eh bien, craignez l'orgueil :

Un pur esprit du ciel périt sur cet écueil , Où l'écrasa de Dieu la main victorieuse.

MÉLUSINE

(Test sous Dieu qu'il tomba, sa chute est glorieuse

GONTRAN

Superbe, courbez- vous , et ne me forcez pas

A maudire cette heure où le double trépas

Que j'ai long-temps pleuré vous laissa sans famille.

Lusignan m'était cher, et j'adoptai sa fille.

Si j'ai trop tôt mûri votre jeune raison ,

Au lieu de m'en punir, rejetez le poison

Qui, pour vous égarer, dans votre sein fermente.

Imitez votre sœur : aucun soin ne tourmente

Le repos de ses nuits, le calme de ses jours 5

Mathilde est plus heureuse, et le sera toujours.

MÉLUSINE

Que cinq ans entre nous mettent de différence ! Son cœur naïf s'endort dans sa sainte espérance, Dans la paix qui l'attend à l'ombre de l'autel, Sous le pieux bandeau des filles du Carmel 5 Mais, moi, depuis un temps je me sens orpheline Vous ne refusiez rien naguère à Mélusine.

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