ACTE I, SCENE I
(iONTRAN.
S'il est vrai , Dieu d'avance a leur choix le désigne. Cet empire absolu dont il use à son gré N'existe que pour lui.
MELUSINE, s'élançant vers le livre ouvert sur la table.
Contran, je le saurai.
GONTRAN , lui reprenant le livre qu'elle a saisi.
Sacrilège, arrêtez! Quoi, malgré ma défense! Quoi, pour tant de bienfaits voilà ma récompense!
Vos bienfaits! où sont-ils? que m'avez-vous appris? L'ordre des temps, le sens d'un vain amas d'écrits, Les mouvements des cieux et la vertu des plantes ! Quels bienfaits ! J'ai calmé des tortures brûlantes ; J'ai guéri bien des maux , et je ne puis guérir Un mal dont vos bienfaits me laisseront mourir.
CONTRAN.
Garde-toi d'accuser l'ami qui te résiste :
Non, ce pouvoir n'est pas, ma fille; ou, s'il existe,
Sans borne, il est sans frein dans un être borné.
262 MELUS1JNE.
Aveugle et tout-puissant, cet être infortuné, Dont s'exerce a tâtons la volonté suprême , Marche, fatal a tous comme il l'est à lui-même, Pour arriver un jour, las des maux qu'il a faits, De douleurs en douleurs, de forfaits en forfaits, A pousser vers le ciel ce cri : Je désespère! Devant cet avenir recule et crois ton père, Qui, pâle de terreur, contre toi te défend. Ce pouvoir, c'est le fer dans les mains d'un enfant 5 C'est le feu ; c'est le fruit dont l'arbre de Sodome A notre bouche avide offre le doux fantôme : Vermeil, il brille aux yeux des plus beaux dons du ciel Au goût, ce fruit de mort n'est que cendre et que fiel.
MÉLUSINE
On vient, Contran!