ACTE II, SCENE I
GONTRAN
Encor lui! j'étais loin de m'altcndrc Qu'il dûl vous inspirer un intérêt si tendre, Lui qui par vos dédains ne fut pas épargné.
MÉLUSINE
Peut-être je L'aimais quand je l'ai dédaigné
CONTRAN.
Vous l'aimiez! ô néant de la science humaine, Et que la mienne alors doit vous paraître vaine! Je sais tout, je puis tout, Mélusine! et ne puis Lire au cœur d'un enfant, tout-puissant que je suis.
MÉLUSINE
Comment lire en mon cœur? Je m'ignorais moi-même :
Mais le voile est tombé : je me connais , je l'aime ;
Je l'aime , et d'un amour égal en son excès
A l'empire inhumain que sur lui j'exerçais.
A travers mes rigueurs ses yeux me trouvaient belle;
Il m'excusait injuste; il m'adorait rebelle;
11 souffrait de mes maux; il mourait de ma mort.
Aujourd'hui le soleil lui pesait sur ce bord :
Il partait, et d'un mot sur ce bord je l'enchaîne.
298 MÉLUSINE
Je veux qu'à son dégoût (l'une grandeur prochaine L'ambition succède, et son eœur palpitant D'ambitieux désirs s'émeut en m'écoutant. Il pense , il sent par moi , c'est pour moi qu'il respire : Et je rougirais, moi, de l'amour qu'il m'inspire! J'en suis fière : puissance, honneurs, félicité, Baudouin me devra tout. Ah ! que la vérité Dans son jour formidable a moi se manifeste, Et , prenant pour ma part la royauté céleste , Qu'à pleines mains sur lui je puisse accumuler Les terrestres grandeurs dont je veux l'accabler.
GOXTRAN.
Si j'avais ce pouvoir, l'auteur de la nature Au rang du créateur mettrait sa créature.
MÉLUSINE
11 suffît de vouloir pour s'égaler a lui , Et d'oser.
CONTRAN.
A vos yeux quel jour trompeur a lui !
MÉLUSINE
C'est un rayon du ciel.