‹ Derniers chantsChapitre 61 sur 65 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

GONTRAN

Un rellct de l'abîme.

MÉLUSINE

Dût-il en l'éclairant consumer la victime,

Qu'il inonde une fois mes regards enchantés!

Je veux noyer mon âme aux flots de ses clartés,

Pénétrer de leurs feux ma substance immortelle.

La parole magique, ô Contran, quelle est-elle?

Je la dis-, je verrai de l'œil dont je vous vois

D'impalpables esprits , désertant à ma voix

Les profondeurs du ciel, de l'onde et de la terre,

Des sépulcres béants m'expliquer le mystère,

Et soumettre a mes lois, comme aux arrêts du sort,

La matière, l'espace, et la vie et la mort.

Mais parlez ! que leur foule à mon ordre obéisse ,

Du livre défendu que la clarté jaillisse ,

Ou, dans l'ombre, au milieu d'un cercle d'ossements,

J'irai tenter sans vous de noirs enchantements,

Jeter aux vents des nuits des formules terribles ,

Evoquer par leurs noms les êtres invisibles,

Tous, jusqu'à lui...

GOiNTRAN.

Qui donc?

300 MÉLUSINE

MELUSINE

J'oserai le nommer ; Et, si nul ne répond, je sais l'art d'exprimer Des pavots d'Orient un suc mortel qui glace. Vous me l'avez appris , et je vous en rends grâce : Je pourrai, grâce à vous, tarir en un moment L'inextinguible soif dont je meurs lentement.

GONTRAN

Mais ce pouvoir fatal, sais-tu ce qu'il nous coûte?

MÉLUSINE, vivement.

11 existe donc ?

GONTRAN

Oui, pour notre perte. Écoute.

MELUSINE , avec un transport de joie.

11 existe!

GONTRAN

A ma voix puisse t'épouvanter La profondeur du gouffre où tu veux te jeter ! Puisse, au penchant du crime où tu cours sur sa trace, L'exemple d'un maudit consterner ton audace!

Page 1