TANCRÈDE
Mélusine, sa! ut! Gontran, salut à vous! Tancrède en vous parlant tremble encor de courroux ! J'ai conquis cette terre et je l'ai défendue : Trouvez-vous qu'à mon front la royauté soit due?
MÉLUSINE
Je suis femme, seigneur, et, pour vous couronner, Je n'ai pas au conseil de suffrage à donner.
GONTRAN
Aux intérêts humains pour jamais je renonce ; Qu'un plus sage (pie moi sur ces débals prononce.
308 MELUS1NE.
TANCRÈDE , à Contran et à Mélusine.
Que vous soyez ou non juges de ces débats, Vous qui foulez en paix la terre où je combats , Croisez en paix vos mains sur la pierre sacrée Des cbaînes d'Ismaël par mes mains délivrée, • Vous savez qui je suis, et vous devez savoir Que, si j'eus des rivaux , j'ai cessé d'en avoir. Ils dorment; l'olivier couvre de son ombrage Mes égaux par le nom , mes pairs par le courage ; Près du tombeau divin qu'ils vengeaient avec moi ,
Ils dorment, ces martyrs ; mais chacun d'eux fut roi.
Je veux l'être a mon tour : suis-je digne de l'être?
En disant : « Je le crois! » je parais fier peut-être;
Je le dis : les travaux qui m'ont rendu fameux
Parlent haut pour ma cause, et je parle comme eux.
GONTRAN
C'est au ciel d'Orient contester sa lumière , Que nier sur ce bord votre gloire guerrière.