LES EXPERIENCES DU D^ CROOKES
A Monsieur Henri/ /m LuOerne.
Comme ce» enfants qui voulaient sauter au delà de leurs ombres....
Plut ARQUE.
La prochaine apparition du livre de William Crookes, La Force psychique, produira, certes, une durable sensation de stupeur dans les deux mondes.
On sait que l'illustre docteur anglais est l'un des plus puissants et plus métliodi(jues savants de ce siècle. Il asur[)ris une loi delà Nature, la Matière à l'état radiant, découverte qui, reculant les bornes de l'investigation positive, ouvre toute une région de lumière à l'Ecole expérimentale.
De plus, dans toutes les branches du savoir humain, une telle quantité de découvertes on d'inventions sont à son acquit, depuis le thallium jusqu'au railiomètre, qu'il est l'unitjue sommité dont l'admission, d'emblée, à la Société Royale (sorte d'Académie des Sciences de TAngleterre) ait été votée à l'unanimité, avec dispense du stage
de rigueur. A l'estime de la plupart des hommes de science, l'œuvre et le çénie de William Crookes ég^alent ceux d'Isaac Newton : la place de son monument funèbre est marquée d'avance à Westminster.
L'ouvrage annoncé doit résumer plusieurs années d'expériences de l'ordre le plus extraordinaire.
Quelques rares extraits en ont paru, ces derniers temps, dans le Ouckrterhj Journal of Science, dans V Athenœum et dans le Quarterly Reuiew,
Dès les premières lignes de ces volumineux sommaires, on sent qu'il s'agit d'observations d'un caractère tout à fait insolite et que la science de l'Homme se hasarde ici, pour la première fois, sur un terrain tellement fantastique et inattendu, que le lecteur, stupéfait , se demande s'il rêve î Mais comme les expériences que relatent ces lignes sont justifiées par dilTérentes sanctions du Comité de Recherches des Sciences dialectiques, dont il est difficile de récuser la compétence hors ligne, la sûreté d'examen et la rigueur positiviste, l'attention du lecteur est bien vite fascinée.
Pour la parfaite intelligence de ce dont il est question, le mieux est, pensons-nous, de citer l'étonnant exorde de William Crookes lui-inéme, an début de ce nouvel incident de THumanité.
— « Voici que, depuis plusieurs années, une sorte de doctrine se propage chez nous, — en Europe et ailleurs — augmentant, chaque jour, le nombre de ses adeptes et comptant, parmi ses
l'amouii supniME 3o3
prosélytes, des hommes de haute raison et d'un savoir éprouvé. Celle doctrine s'autorise de faits complètement en désaccord avec diverses lois avérées de la Nature ; et ces faits sont attestés, cependant, par des témoig-naç^es à ce point considérables que l'on a cru pouvoir, officiellement, nous en saisir. — Lu Chambre des représentants, à Washinsrton, a reçu des pétitions, à ce sujet, revêtues de plus de vingt mille signatures. A Ilertford, des enfants, — de très jeunes filles même, ont failli payer de leur existence (les demoiselles Fox, par exemple, àg-ées de douze et de quatorze ans) des phénomènes que tout un district attribuait à leur présence. — En Angleterre, jusque dans Londres, la fréquence do ces préU.'ndus « événements occultes » a fini par troubler, par effrayer les esprits d'une partie de la population : l'on se croirait au Moyen Age, en écoutant ces rumeurs.
(( J'estime qu'il est du devoir des hommes de science, qui ont appris à travailler d'une manière exacte, d'examiner tons les phénomènes qui attirent l'attention publique, afin, soit d'en confirmer la vérité, soit d'expliquer, si faire se peut, l'illusion des honnêtes gens en dévoilant la supercherie des charlatans, des imposteurs.
n Or, un grand nombre de personnes, d'un sens commun cependant notoire, avons-nous dit, — nous parlent, par exemple « d'influences mystérieuses sous l'énergie desquelles de lourds objets d'ameublement se meuvent, soudain, d'une pièce à une autre, sans l'intervention de l'homme ».
3o4 DERNIERS CONTES
(( A ceci nous répondons :
« — Le savant a construit des instruments qui divisent un pouce en un million de parties. Nous demandons que ces « influences » fassent mouvoir, seulement d'un seul degré, l'indicateur de ces instruments dans nos laboratoires.
(( On nous parle de « corps solides, pesant cinquante, cent livres, — de personnes vivantes même s'élevant dans les airs sans le secours d'aucune force connue ».
(( A ceci nous répondons :
« — Alors, que ce pouvoir, quel qu'il soit, qui, nous dit-on, serait guidé par une intelligence, et qui élève, jusqu'aux plafonds de vos appartements des corps lourds, animés ou inanimés, fasse pencher seulement Tun des plateaux de cette petite balance qui, sous son globe de cristal, est sensible à un poids si minime qu'il en faudrait dix mille comme lui pour faire un gramme.
« On nous parle de « fleurs mouillées de fraîche rosée, de fruits, et même d'êtres vivants apportés au travers des murailles ».
« A ceci nous répondons :
(( — Qu*on introduise donc un milligramme d'arsenic à travers les parois d'un tube de verre dans lequel de l'eau pure est hermétiquement scellée par nous I
(( On nous parle de « coups frappés qui se produisent jusqu'à ébranler les murs, dans les différentes parties d'une cliand)re où deux personnes sont tranquillement assises devant une table ; — de
l'amour suprême 3o5
maisons secouées jusqu'à en être endommagées par un pouvoir extra-humain » ; — et l'on ajoute que u des plumes ou des crayons tracent tout seuls des lig"nes présentant un sens ; — que des ressemblances de défunts apparaissent ».
« A ceci nous répondons :
« — Que ces coups se produisent seulement sur la membrane tendue d'un phonautoî^raphe ! — Que ce pendule, en sa çaîrie de verre, soit seulement mis en vibration ! — Que cette plume, que jfî tiens, rature, seulement, sur ce bureau, un seul des mots que je viens d'écrire !... Quant aux « apparitions », [lous avons des instruments qui mesurent l'éclair : qu'une seule d'entre elles passe, pendant la durée d'un 120^ de seconde seulement, devant la lentille de l'un de ces instruments !
«Enfin, l'on nous parle de « manifestations d'une puissance équivalente à des milliers de kilogrammes, et qui se produisent sans cause connue. »
« — Eli bien, l'homme de science, qui croit fermement à la conservation de la force, demande |ue ces manifestations se répètent dans son laboatoire, où il pourra les peser, les mesurer, el les :oumettre à des essais catégori({ues. Et, pour condure, quelle que soit l'estime où l'on puisse tenir es témoins de faits provoqués, nous dit-on, par la euie présence d'individus « exceptionnels » appeés médiumSy quehjue intègres, charmants, chevajresques, que soient ou puissent être ces médiums ux-mêmes, nous ne pensons pas que cela doive, igoureusement , amener (jui que ce soit à une
3o6 DERNIERS COXTES
somme de confiance suffisante pour accepter ains sans analyse ni contrôle méthodiques, la réalité d phénomènes qui commencent par démentir les ne tions les plus élémentaires de la Science moderm entre autres celle de Tuniverselle et invariable k de la g^ravitalion. »
Voilà, certes le langag^e d'un homme sérieux et^ ce défi jeté, la cause semblait jugée.
A quelques mois de ce verdict, le Comité d c Recherches des Sciences, à Londres, fut mis cj [^ émoi par une note brève, émanant de Williai, Crookes, qui, sans commentaires, le convoquai au contrôle « d'expériences médianimiques digne^ d'attention ».
Il se trouvait que, presque en ce même lerap (le sans^lant hiver de 1870), des praticiens, déh gués, en quelque sorte, par toutes les nationalitt de l'Europe, entrecroisaient, dans les revues de sciences, les affirmations les plus étranges, — dt clarant que leurs esaais particuliers sur la réalil du fluide médianimique amenaient chaque joi; des résultats « inattendus ». Dans la longue list des savants, figurent, on doit le constater, de noms d'une certaine importance. La Faculté d Pélersbourg, par exemple, est représentée par l'ui de ses plus éminents professeurs de chimie M. Boutlerow ; — l'Académie des sciences expé rimentales de Genève, par le professeur Thury — les Etats-L^nis, par le docteur Robert Hare professeur de chimie à l'Université de Pensylvani^
l'amour suprâmk 3o7
3tc., etc. L*espace nous manque pour citer les soixante ou soixante-cinq noms, aussi recommaniables, mentionnés dans ces rapports.
Etonnés de pareilles notifications qui leur parvenaient, coup sur coup, de tous les points du nondescientifique, plusieurs physiciens allemands, les spécialistes de tous pays, se rendirent à Lon- Ires, où des hommes tels que lord Lindsay et le ord comte de Dunraven, des mathématiciens tels [ue le capitaine G. Wynne, et une commission de nenibres de la Société Royale étaient venus s'adoindre à William Crookes pour des observations uotidiennes. — Deux ou trois « sujets humains » loiiés, — paraissait-il, — de manière à intéresser à Science, continuèrent de se prêter, dans les laoratoires* anglais, et dans celui même de l'illustre odeur, à des expérimentations.
Il résulterait des attestations sig^nées de l'érudite ssistance que, non seulement les phénomènes réamés au préalable se seraient tous produits — ;e.ci en plein jour et dans des conditions (Tévience toutes spéciales) — mais que d'autres faits, lus singuliers encore, — des incidents capables ? déconcerter le positivisme le plus rassis, — se •raient imposés, tout à coup, au j;(rave étonnefl eut de l'assemblée ; — qu'enfin « d'incohérentes anifestations, revêtues d'une sorte de caractère acabre », auraient troublé la réi^ailarité compase de ces examens.
Les sujets ou nu'diums étaient, cependant, liés terre, tenus aux quatre membres à une grande
3o8 DERMtHS CONTES
distance des objets impressionnés. Entre eux toutefois, et, ces objets, ne s'interposaient pas le membres de la commission du contrôle. A Téta libre, ils étaient prévenus que toute communicatio physique^ due à n'importe quelle fraude subtile serait instantanément châtiée d'une très violent secousse électrique, des réseaux d'induction enre loppantles appareils placés sur des isolateurs. Pou le surplus, deux des premiers prestidiii^italeurs illusionnistes de Londres surveillaient de près cha que expérience.
C'est dans de telles conditions qu'on a vu le aiguilles des dynamomètres de précision, à secret contrariés (connus des seuls expérimentateurs) varier sous des pressions équivalentes à des cen taines de livres, pendant que sur les murs, sur le: instruments du laboratoire ei jusque sur les main des doctes assistants, des heurts, « semblables t ceux d'un doig-t replié frappant impatiemment 5 une porte », étaient entendus ou ressentis.
A l'issue de presque toutes les séances, le médiums demeuraient étendus sur le parquet, dan. un état de prostration cataleptique présentant, nié dicalement, toutes les apparences de la mort.
Parmi ces médiums-naturels étaient des enfaaii de sept et huit ans, s'élevant à des hauteurs de pi sieurs mètres — et flottant, presque endormi dans l'espace, pendant plusieurs minutes. ' ^ phénomène, affirme le docteur Crookes. M. Hoii. l'a exécuté, aussi, plus de cent /ois devant nous
L'AMOUn 8UP1IÊMB Zo^
rénovant ainsi le prëlendu sortilège de Simon le [napricien dans l'amphithéâtre de Rome. »
D'après un g-rand nombre de professeurs émérirites, — entre autres ceux dont nous avons cité les loms, — au témoignage de plusieurs délégués ^minents d'universités ou d'académies, et des difercnls membres de la Société Royale ainsi que iu Comité de Recherches des Sciences, appuyés le l'attestation de William Crookes, les principaux phénomènes, reconnus comme désormais avérés, leraienl — (non compris leurs subdivisions) :
i'^ L'altération du poids d'un cor[)s quelconque, )btenue à distance; 2" d'inexplicables visions de nétéores, traversant les laboratoires, avec des lllées et venues, — sortes de lumières ovoïdes,
dieuses, inconnues, inimitables^ — bondissant îl rebondissant d'objets en objets ; 3° des déplaceaents continuels d'instruments scientifiques, de Qeubles lourds ou légers, se mouvant comme sous 'action d'une force occulte; 4" de véritables « ap- >ari lions » de formes étranges, de a regards », de Qains lumineuses, d'une ténuité inconcevable et ependant tangible — au point de supporter, dans air, un thermomètre en liège du poids de trois rammes, lequel demeurait, sous leur pression, 'un niveau absolument insensible; ces mains of- •aienl l'aspect tantôt vivant, tantôt cadavérique et, si apide que fût l'éclair dont on essayât d'en réperuter la vision sur l'objectif, aucune plaque photora{)hi(|ue n'a été impressionnée, en aucune façon, e leur présence ; et ces mains, pourtant ! saisis-
3lO DEHNIKHS CONTLS
saient des fleurs sur une table el allaient, à Ira vers l'espace, les offrir à des spectateurs; puis,tou à coup, venaient nous « serrer les mains avec tout la cordialité d'un vieil ami » ; 5° des mises en je> d'instruments de musique placés, positivement dans des conditions où toute communication étai impossible et dangereuse pour le médium; 6^ de doiijts fluides, lumineux, relevant une plume su une table et traçant des lignes d'écritures difTéren tes où plusieurs ont affirmé reconnaître celles d personnes défuntes (quelques-uns, même, en on fourni la preuve.) — Tout ceci, de jour et de nuit Principalement au crépuscule.
« —J'aivu, devant témoins (affirme expressémeo le D'' Wiliam Grookes), l'une de ces nébuleuses main claires prendre une fleur à longue tis;-e,nGuvellemeD cueillie, et la faire passerlentement à travers ia fent imperceptible d'une planche de chêne massive, san qu'il fût possible d'apercevoir ensuite, sur cell ileur, soit à l'œil nu, soit au microscope, a/ie trac quelconque d'érosion sur la tige ou sur les feuilles lesquelles étaient dix ou douze fois plus iareresqu la fente de cette planche. — Plusieurs membres d la Société Royale et moi, nous avons vu, ensem ble, l'ombre d'une forme humaine secouer de rideaux pendant plus de deux minutes, puis dispa raître en s'alténuant. — Cent fois nous avons v des flambeaux et des lampes, placés sur des meu blés, s'élever avec eux, se pencher, sans tomber tenant leurs flammes droites et horizontales selo le degré d'inclinaison de ces objets dans l'air. -
L AMUUll Si;i'l\èMK 3ll
Quant aux c«''lèl)res « tables tournantes », nous avons voulu, par surcroît, vérifier le fait dans des conditions de difficultés spéciales et que la rare puissance de nos médiums triés sur des centaines d'autres, insi'^nifianls ou douteux, pouvait, seule, surmonter. — Le Comité de Recherches des sciences dialectiques de Londres et les professeurs étrang<3rs s'étant donc assemblés pour un essai conclua!il à ce sujet, quatre de ces médiums sont venus se placer, à g-enoux, sur des chaises dont les dossiers seuls touchaient la table — (une lourde et vaste table). — Ils croisèrent leurs mains sur les dossiers et rien de leurs personnes n'était çn :ontact direct avec la table. De plus, certaines mesures minutieuses, de nous seuls connues, avaient îté prises pour avérer l'authenticité absolue du jhénomène. En quelques instants, nous vîmes l'élorme table s'enlever de terre, se pencher, frapper e parquet, monter, stupéfiante, au-dessus de nous, lotter, se livrer dans Tespaceà des évolutions diveries, puis redescendre lentement à sa place. Le vjmilé et l'assistance ont donc attesté comme ( concluante » cette expérience... qui, d'ailleurs, le pouvait plus nous étonner. »
Il va sans dire que nous pourrions relever un :rand nombre d'autres faits éni^matiques, attestés es plus sérieusement. Mais nous ne saurionsprenre la responsabilité do telles citations; nous ne oulons et ne devons mentionner, en un mot, que .'S observations dûment contrôlées et reconnues ar la science comme incontestables. Lorsque nous
3 12 DERMEHS CONTES
ne traduisons pas, nous résumons, aussi exactement que possible, sans opinion ni commentaires.
Voici, maintenant, les conclusions du D'" William Crookes lui-même à ce sujet :
« — La foule, toujours avide du <( surnaturel », nous demande : <( Croyez-vous ou ne croyez -vous pas ? » Nous répondons : « Nous sommes chimis les; nous sommes physiciens; notre fonction n'esi pas de « croire ou de ne pas croire», mais de cons tater, d'une façon positive, si tel ou tel phénomène est ou n'est pas imag-inaire. Gela fait, le restt ne nous regarde plus. Or, quant à la réalité de ceux-ci, nous nous prononçons pour l'affirmative au moins provisoirement puisqu'à la parfaite cons ternation de nos sens et de notre entendement, l'ë vidence nous y contraint.
« Rien n'est trop merveilleux pour être vrai, a dit Faraday, si cela est conforme aux lois de la Nature, Mais il faudrait connaître toutes les lois de la Nature, (et rien qu'avec celles que nous ig-norons on pourrait créer l'Univers), pour déterminer si tel phénomène leur est ou non conforme. Or, il se trouve qu'ici, comme en électricité, par exemple, l'expérience, l'observation sont les seules pierres de touche de cette conformité.
(( Qu'on veuille donc bien se souvenir que nous ne risquons ni vagues hypothèses, ni théories, quelles qu'elles soient. Nous attestons, simplement, certains faits et ne pouvons avoir qu'un seul but, conforme à celui de toute notre longue carrière : la Vérité. Les Comités d'examen, les hommesémi-
L*AMOUIl SUPBèMF. 3l3
nenls, les {)raticiens de toute nation qui se sont adjoints au sévère contrôle de nos expériences ont conclu avec moi: a Nous ne disons pas, encore une fois, que cela est vraisemblable ; nous disons (jue cela EST. »
« Au lieu de nier, de douter ou de croire au hasard, ce cjui est tout un, — et de s'iniai;iner (jue nous sommes capables d'avoir perdu notre temps à contnMer des tours d'escamoteurs (comme si cette niaiserie était possible), donnez-vous plutôt la peine d'examiner, d'abord comme noire incrédulité priinilive s'est, au moins, soumise à le faire. — iMontrez-nous, par une critique sévère, ce qu'il faut regarder comme des erreurs dans nos examens, spécifiez-les et sugg'érez ensuite, si vous le pouvez, des moyens de contrôle plus concluants. Imaginez des ensembles de difficultés plus insurmontables et plus subtiles que celles où nous avons placé les médiums, — à leur insu ! Mais ne venez pas, à la hâte, traiter nos sens de témoins menteurs ou aisément abusés, ni taxer nos esprits d'une démence (qu'entre parenthèses nous aurions, seuls, qualité pour constater dans les vôtres), parce que les faits témoii^nent contre vos idées préconçues, comme autrefois le furent les nôtres. Il est difficile d'être plus sceptiques ou plus positifs que nous en matière d'examen expérimental : si vous vous faites une supériorité de votre ii^norance ou de votre savoir d'amateurs, à quoi l'homme devra-t-il s'en tenir ? Nous soutenons que tout masque de suffisance ou de bonhomie disparaît delà face humaine
3l4 DERNIERS CONTES
devant certains phénomènes effectués par des raédiuras réels en- nos laboratoires et que les plus railleurs deviennent, alors, pareils à ces malins villag^eois qui, dans les fêtes foraines, après s'être bien moqués, en clignant de l'œil, d'un appareil de RhûmkorfF par exemple, chang^enl instantanément de visage dès qu'ils en ont seulement effleuré les fils. — Pour le surplus, rejeter, à Tétourdie, les témoignages d'hommes à qui Ton a déféré des faits pour les contrôler et en connaître, revient à ne tenir compte d'aucun témoignage humain quel qu'il soit, car il n'est point des faits dans l'Histoire sacrée ou profane, ni dans les annales de la Science qui s'appuient sur des preuves plus permanentes et plus imposantes que celles qui nous ont — je ne dirai pas convaincus, mais — confondus. Osez donc, alors, venir justifier de la supériorité de vos sens et de votre scepticisme sur les nôtres — et que ces odieuses controverses finissent !
« Donc:
« 1° Les résultats de nus longues et patienies investigations paraissent établir, sans conteste, l'existence d'une nouvelle force liée à l'organisme humain et que l'on peut appeler Force psychique.
« 2* Tout homme serait plus ou moins doué de cette force secrète, d'une intensité variable, pouvant être développée et, par suite, agir, soit à volonté, soit pendant son sommeil, soit contre son gré, soit à son insu, sans le secours d'aucuns mouvements ni de communications physiques, sur des
L^AMOUn SUPRÊME 3l5
Aires ou des objets quelconques, plus ou moins éloi^ i^nés. »
Telles sont les affirmations et conclusions extraordinaires jusqu'à présent notifiées par lilliistre sarant anî^lais et contresignées de noms considérables. Il y a lieu d'espérer que son livre va nous révéler les curiosités nouvelles de ses recherches positivistes. Cette force projeclive de soi-même expliquerait presque, déjà, les miliers de cas problématiques racontés par l'Histoire — et certains phénomènes opérés, paraît-il, de nos jours, au dire des Européens, par les fakirs hindous. Les faits de sorcellerie, de vampirisme, d'euvoiUement, de spiritisme, de lycanthropie, d'évocations, etc., relèveraient désormais de l'autorité scientifique et seraient démontrés par des expériences plus ou moins régulières.
Pour ce (jui est d'entrer, par la médiation de ce fluide, en un rajjport quelconquo avec ces entitésvives, incorporelles pour nos or^^^anes e^rossiers et qui, sans doute, continuent la chaîne des espèces, au delà de l'humanité, dans des milieux invisibles autour d'elle, on ne peut encore se prononcer sur ce point. — In {»-rand nombre de personnes prétendent entretenir, î^râce à cette force, des correspondances avec des êtres disparus, et pénétrer, par I elle, jusque dans les domaines de la Mort... C'est une question qui, excédant le point de vue scientifique, est déjà jus;'ée, ne uarirtur, à un autre point de vue, par des hommes qui s'appellent saint Au-
g-ustin, saint Grég"oire de Nazianze, saint Louis et saint Thomas d'Aquin.
— Au fait, et le chrétien ?... nous dit-on ; que va-t-il penser de ces fantasmagories inquiétantes — de cette... divinité pour tous ?
Le chrétien, quoi que puissent lui « écrire >» d'apocryphes ou réels fantômes, est prémuni à tout jamais. L'Art d'évoquer les morts en viniçt-cinq leçons n'a aucune prise sur lui. Peu lui importent ces sombres commérages. Les révélations du Transformisme ne lui semblent que des tentations misérables. — Diverses paroles précises, formelles, de l'Evangile, lui suffisent, qui déclarent cette vie aussi sérieuse que définitive, « Voici la Nuit où personne ne travaille plus; — Où sera tombé F arbre^ il restera ; — Les enfants du siècle feront des prodiges capables de surprendre les Anges : ne vous laissez pas séduire; — Celui qui veut sauver sa vie la perdra : celui qui veut la sacrifier pour l'amour de moi, la retrouvera, car je suis la porte, la voie, la lumière, la vérité, la vie : nul n^ entre que par moi dans la Vie-éternelle, » Tels sont les dogmes immuables, divins, au sens infini.
Les étoiles passeront, ces paroles jamais.
Quelque illusionnantes que puissent donc être les ressemblances revêtues par les démons mixtes dont parle saint Paul, il ne s'agit pas de cela pour le chrétien. Il ne saurait se laisser troubler en rien par des phénomènes dont l'esprit lui est et lui sera toujours étranger. Il répond d'avance, comme
l'amouh suprême 3i7
hier comme demain, avec le plus paisible sourire : — Nous sommes à l'auberge et ne regardons qu'avec peu d'attention les curiosités qui viennent s'exhiber dans la salle commune.
Règle générale: tout ce dont l'impression n'augmente pas, en nos âmes, l'amour de Dieu, le détachement de l'univers, l'union substantielle avec Jésus-Christ, — tout cela vient du Mal, émane de l'Enfer nécessairement, absolument, sans autre examen ni compromis oiseux. Car ce qui trouble, ce qui étonne est ennemi de la Paix divine, seul héritage du Fils de l'Homme. Il nous a prévenus : Vous les connaîtrez par leurs fruits ; et nous n'avons que faire de tels fruits.
Nous nous en tenons, comme toujours, à la Parole, à l'esprit seul de l'Evangile : il est, strictement, sans discussions ni réserves, notre unique doctrine. Et quand bien même, par impossible, comme nous en prévient le concile, un Ange de Dieu descendrait du Ciel pour venir nous en enseigner une autre, nous resterions fermes et inébranlables dans notre foi.