SAINTE-BEUVE
volée littéraire à laquelle il appartient. Vient alors l'étude de l'individu ainsi formé, la recherche des indices qui mettent à nu son vrai fond, les oppositions et les rapprochements qui dégagent sa passion dominante et son tour d'esprit spécial, bref, l'analyse de l'homme lui-même poursuivie dans toutes ses conséquences à travers et en dépit des déguisements que l'attitude littéraire ou le préjugé public ne manquent jamais d'interposer entre nos yeux et le visage vrai. M. Sainte-Beuve, un jour, a lui-même exposé cette méthode, et il y voyait son principal titre auprès de la postérité. A notre avis, il avait raison; cette sorte d'analyse botanique pratiquée sur les individus humains est le seul moyen de rapprocher les sciences morales des sciences positives, et il n'y a qu'à l'appliquer aux peuples, aux époques, aux races, pour lui faire porter ses fruits. Si un jour l'histoire, approfondie et précisée, prend sur nos opinions et sur nos affaires l'autorité que la physiologie possède aujourd'hui en matière médicale, on placera son nom à côté de ceux des critiques spéciaux et des philologues érudits qui, en Allemagne, ont travaillé sur d'autres terrams à la même œuvre ; ils apparaîtront tous ensemble comme autant d'architectes et d'ouvriers occupés, par un concert involontaire, à poser les bases d'un monument grand et durable; on ne s'inquiétera guère alors des incidents et des petites querelles qui auront traversé leur vie, comme elles traversent la vie de toute créature active et nerveuse; on prendra ces accessoires de l'homme pour ce qu'ils