‹ Derniers essais de critique et d'histoireChapitre 19 sur 29 · HERBERT SPENCER · texte numérisé non relu

HERBERT SPENCER

pinas ont traduit trop littéralement; nombre de mots ne sont pas français et beaucoup de constructions sont à peine françaises; on ne peut guère comprendre ce volume qu'en l'étudiant paragraphe à paragraphe et la plume à la main. M. Ribot, qui expose clairement et qui est un disciple si zélé d'Herbert Spencer, devrait bien repenser à sa façon, et dans les cadres de notre langue, la doctrine de son maître, ajouter un volume d'exposition à ses deux volumes de traduction. Alors Herbert Spencer trouverait chez nous, outre des admirateurs pour le respecter, des lecteurs pour le goûter. Quoi qu'il en soit, même sous cette forme brute, l'ouvrage est d'un grand prix. Laissons de côté dans Herbert Spencer la partie faible et arriérée, c'est-à-dire l'hypothèse scolastique d'une substance inconnaissable ; le reste est aussi neuf que fécond. Il a le rare mérite d'étendre à l'ensemble des phénomènes, à l'histoire entière de la nature et de l'esprit, les deux conceptions maîtresses qui, depuis trente ans, renouvellent les sciences positives : l'une, qui est celle de Mayer et de Joule, sur la conservation de la force; l'autre, qui est celle de Darwin, sur la sélection naturelle. Un certain effet étant donné, par exemple l'élévation d'un kilogramme à un mètre de hauteur, si cet effet périt, si ce kilogramme tombe d'un mètre, l'effet détruit est remplacé par un second effet équivalent au premier, à tel point que, si l'on recueille exactement tout le second, on peut reproduire exactement tout le premier sans déchet ni surplus. Cette quantité d'effet, toujours la

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même sous ses différentes formes et à travers ses diffé* rents sièges, est la vraie substance des êtres, la portion indestructible et cachée qui dure sous tous les changements, et que le changement n'atteint pas. A présent, dans un ordre quelconque d'existence, prenez des choses homogènes, toutes semblables les unes aux autres, et supposez qu'en un point seulement, par une cause ou par une autre, une différence, aussi légère qu'on voudra, s'introduise, et qu'une des portions du tout cesse d'être absolument semblable aux autres portions. Voilà tous les principes d'Herbert Spencer. Par une série de déductions et de conjectures qui sont des applications plus hardies de la loi de Darwin, il montre très ingénieusement, avec beaucoup de vraisemblance, que cette petite différence en produira d'autres, que les différences iront s'accumulant, que l'ensemble homogène deviendra de plus en plus hétérogène, qu'il s'organisera, que son organisation, toujours plus compliquée, comprendra des organes de plus en plus spéciaux, que, par un progrès insensible et forcé, on verra se superposer dans le monde les étages successifs de la vie, de la sensation et de la pensée. 11 est vrai qu'un pareil procédé philosophique a des inconvénients. A mesure que, par cette construction, on pose un étage sur un étage, l'édifice devient plus chancelant; on a échafaudé hypothèse sur hypothèse; la première était à peu près solide, la dernière ne l'est plus du tout ; il y a là trop de matériaux douteux ; la fragilité de chaque assise est accrue de celle de toutes les autres. Aussi

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