HERBERT SPENCER
bien, telle est l'impression du lecteur et peut-être même celle de l'auteur; sans doute les choses ont pu se passer ainsi, mais elles ont pu se passer autrement; voilà une voie naturelle par laquelle la vie a pu se former, mais il y en a peut-être d'autres à côté, non moins naturelles ; la vérification décisive manque ; il faudrait le calcul ou des expériences spéciales pour la fournir; la loi qui nous est présentée n'a rien d'analogue aux lois rigoureuses de Guvier ou de Geofîroy-Saint-Hilaire ; elle ressemble plutôt aux cosmogonies de Buffon ou de Lamarck. Non qu'elle soit une œuvre de pure imagination déductive : l'auteur sait le détail des choses ; il est au courant des recherches les plus récentes de la science la plus scrupuleuse; à chaque pas de sa construction, il s'y réfère, il en fait usage, il s'y accommode; mais on voit qu'il est en quête d'une explication plutôt que d'une démonstration; c'est pourquoi son livre ajoute peu aux sciences positives. Mais il ajoute beaucoup à l'esprit humain ; il ouvre des horizons, il suggère des aperçus, il réunit des groupes de faits séparés, il établit des ensembles. Des naturahstes et des physiologistes de profession liront avec profit la première et la cinquième partie de ce volume. Sur la structure, la genèse, les fonctions, la coordination du système nerveux, sur la liaison de l'action nerveuse et des phénomènes mentaux, il a des vues originales et compréhensives, capables de provoquer chez les savants spéciaux des recherches spéciales. Parfois même, par la seule vertu de l'analogie,
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il arrive à des conceptions qui, pour devenir des théories prouvées, n'ont plus besoin que de preuves. Bref, ses. facultés et sa méthode sont celles du vrai philosophe, explorateur aux grandes enjambées et au long regard, qui devance les ingénieurs ordinaires pour leur indiquer la bonne route qu'il ne construit pas et qu'ils construiront *.
M. Bain est un esprit d'une autre trempe, spécialiste plutôt que généralisateur, psychologue de goût et d'instinct, mais non métaphysicien, si ce n'est par occasion. De ces deux ouvrages que nous avons cités, le premier, lEsprit et le Corps, est insuffisant ; non qu'il soit indigne de son auteur, mais il n'aurait pas dû entrer dans la collection de résumés complets et souvent profonds qui composent la Bibliothèque internationale. Une moitié est un hors-d'œuvre, une sorte de remplissage: c'est l'histoire assez superficielle des théories de l'âme L'autre moitié n'est guère qu'une lecture de i43 pages, dans lesquelles un seul morceau Sest important; le lecteur qui en resterait là ne mettrait pas M. Bain au rang qu'il mérite. L'autre ouvrage, au contraire, sur les Sens et V Intelligence t est capital. M. Bain est un grand ana-
1. La deuxième édition que M. Ribot et M. Espinas ont traduite est un livre nouveau, complètement refondu et extrêmement au^rmenté. Sur un point important (théories des sensations élémentaires;, j'ai eu l'honneur d'arriver aux mêmes condusions que M. Herbert Spencer, indépendamment et par une méthode diirérente. M. Herbert Spencer n'avait pas encore pubhé cette seconde édition, qui est de décembre 1870.