‹ Derniers essais de critique et d'histoireChapitre 21 sur 29 · Sur les conditions physiques de la mémoire · texte numérisé non relu

Sur les conditions physiques de la mémoire

BAIW. m

lyste, un parfait anatomiste de Tesprit, excellent pour disséquer avec précision et délicatesse tous les phénomènes mentaux, pour les suivre jusque dans leurs éléments, pour les recomposer avec exactitude et précaution, pour les classer méthodiquement selon leurs affinités naturelles. On peut ne pas accepter sa conclusion principale, douter que les procédés auxquels il ramène toutes les opérations mentales soient primitifs et essentiels, penser que l'association des idées et des émotions n'exphque point tout dans notre machine intellectuelle, espérer qu'une autre division des phénomènes serait plus instructive et plus féconde en conséquences, il n'en est pas moins vrai que presque toutes ses théories particuhères sont vraies, et que l'une d'elles au moins, nouvelle autant que solide, est de la plus haute importance : je veux parler de la manière dont il explique notre perception de l'étendue ; selon lui, cette perception a pour éléments primitifs nos sensations musculaires de locomotion. Le germe de la théorie était dans Brown, mais la théorie complètp, avec tout le cortège des preuves, est de notre auteur; on peut dire qu'il l'a mise hors de conteste. Voilà une découverte positive et définitive, qui est en même temps un service de premier ordre. Car. d'une part, elle coupe par la racine toute l'argumentation par laquelle les philosophes critiques, Kant et Schopenhauer, par exemple, essayent de nous persuader que l'étendue n'existe pas; que cette idée est un simple produit de notre structure mentale ; que rien en dehors de nous De cor-

respond à notre idée de l'espace. Et, d*aulre part, elle dissipe complètement les ténèbres que les philosophes spiritualistes, Reid et Royer-CoUard, par exemple, amoncelaient à l'origine de nos connaissances, disant qu'entre la sensation et l'étendue on ne peut concevoir rien de commun, que si la première provoque en nous la perception de la seconde, c'est par un mystère impénétrable, qu'en psychologie comme ailleurs il faut admettre l'incompréhensible et finir par la foi. A notre avis, les plus grandes controverses philosophiques peuvent être terminées de la même façon et par les mêmes moyens; la psychologie y suffit, j'entends la psychologie expérimentale, celle qui laisse de côté comme un vieux bagage inutile la question des forces, facultés, substances spirituelles et autres entités vides, et qui assure chacun de ses pas par le contrôle constant de la physiologie et de la pathologie. La science de l'esprit ne va point sans celle du système nerveux; la science de l'esprit sain ne va point sans celle de l'esprit malade; la Salpêtrière et l'amphithéâtre de vivisection sont des succursales indispensables au cabinet du psychologue; ajoutez-y l'histoire des animaux et des diverses races humaines, par suite l'histoire de l'intelligence et des instincts. L'esprit n'est point une monade isolée, mais la plus haute fleur d'un grand arbre aux milliers de branches ; pour comprendre la fleur, il faut connaître l'arbre.

Telle est la méthode contemporaine, la culture nouvelle appliquée au champ si longtemps stérile où

Page 1