III. — M. VENTURINI ÉCARTÉ
Paris, 10 avril 1875.
UOsservatore romano du 8 avril s'explique, a.u sujet d'un article précédemment publié par lui et dont
le Français et quelque autre feuille de sa couleur ont essayé de faire bruit.
Il s'agissait d'un, compte-rendu de l'ouvrage de M. de Falloux sur M. Cochin, dû à un M. Venturini, plus connu, à ce qu'il paraît, du Français que de l'honorable feuille qui avait accueilli son travail. Atteint d'un zèle subit pour la vie et pour les maximes de M. Cochin, ce M. Venturini le plaçait aux cieux et nous plus bas que terre. Il nous traitait de « vils détracteurs » de la vertu et du génie, ce qui nous par raissait un peu fort, d'autant qu'à l'occasion de ce même livre nous avions laissé passer la gloire sans annoncer la moindre intention de troubler la cérémonie. Nous le fîmes remarquer doucement, dans le seul intérêt de la vérité ; car nous savons que dans toutes des oraisons et pompes funèbres, il y a toujours une mousqueterie en l'honneur du mort, où plusieurs balles sont pour nous. C'est une sorte de testament que l'on suppose à des rancunes éteintes et qui console un peu les survivants. Le Venturini nous semblait bien abuser de la permission. Vils détracteurs de M. Cochin, décédé préfet de Versailles, et de M. de Falloux, politiquement plus décédé encore sans laisser une mémoire infiniment éclatante, nous semblait un petit excès ! Nous avertîmes le Français que M. Venturini n'avait pas l'importance qu'il voulait lui donner. Il en faisait presque un organe du Vatican, et il se servait de cette autorité pour infirmer plusieurs paroles très solennelles qui ont averti et même frappé le catholicisme libéral. Ce point méritait l'attention.
Le Français s'emporta de plus belle, soutint de nouveau l'importance du « respectable M. Venturini, » nous accusa de rappeler moustique, nous cita un certificat gracieux de Mgr l'évêque d'Angers en faveur de M. de Falloux (dont l'éminent évêque ne citait pas en ce moment le livre) et finalement nous avertit que les catholiques libéraux n'existaient pas comme l'avait dit M. Venturini, rédacteur de VOs-
" VIE d'à. COCHIN " ET L' " OSSEEVATOEE EOMANO " 325
servatore romano, « dont on connaît les relations avec le Vatican ». Ce nouvel article était absolument dépourvu d'aménité à notre égard, isuivant l'habitude du petit Français, lecjuel a été créé et mis au monde expressément pour dire qpue le catholicisme libéral n'est autre chose qu'une imagination malfaisante de VJJnivers.
Mais, pendant ce temps-là, — le même jour à peu près (6 avril), — VOsservatore romano publiait l'article suivant, où il fait bien l'effet de jeter le Venturini pardessus bord, ainsi que l'écrit de M. de Falloux sur M. Cochin.
« Nous trouvons dans ïUnivers une lettre de M. l'abbé Morel, que nous n'avons pas l'honneur de connaître personnellement, et qui s'étend longuement sur une bibliographie de M. Augustin Cochin, écrite par M. le comte de Falloux, laquelle nous a été communiquée (car M. Dominique Venturini ne compte pas parmi les collaborateurs de VOsservatore romano).
» M. l'abbé Morel se trouve blessé par ce compte rendu bibliographique, et nous en sommes vraiment affligés, car, en consentant à l'insertion de l'écrit de M. Venturini, il était bien loin de notre pensée d'offenser qui que ce soit, comme semble le soupçonner VUnivers dans le commentaire qu'il ajoute à la lettre de M. l'abbé Morel. L'excellent journal parisien sait trop bien en quelle estime nous le tenons, pour douter que nous ayons jamais permis sciemment des allusions qui sont bien loin de nos habitudes.
» Nous croyons ainsi avoir réduit à ses vraies limites l'importance du compte-rendu bibliographique inséré par nous. »
Il résulte de cette déclaration, dont nous remercions la loyauté de VOsservatore romano, que M. de Falloux, le Français et leurs amis, à Rome, sont uniquement fortifiés de l'amitié et du suffrage de M. Domenico
Venturini, lequel n'est pas rédactear de VOsservatore romano, « dont on connaît les relations avec le Vatican ».
Nous avions bien prévu (|ue les relations de M. Venturini avec le Vatican n'allaient pas plus loin q^ue la porte.
Pour finir, VAugustmus de M. de Falloux nous en rappelle un autre beaucoup plus subtil, et dont les amis, plus savants, n'étaient pas moins entêtés^. C'était V Augustinus de Jansénius, évêque d'Y^res. On y trouvait des propositions condamnables. Ses amis Saint- Cyran, les Arnault et beaucoup d'autres, soutenaient q'ue c'était une pure chimère, une invention des jésuites. Les premières Provinciales de M. Pascal furent consacrées à soutenir cette thèse, qui fit couler beaucoup d'encre.
Le combat dura longtemps. Les pauvres jésuites en moururent presque, le sang coula plus encore que l'encre... mais enfin les propositions étaient dans Jansénius, et malgré les Venturini du temps elles furent et elles restèrent oondamnées.