II. — LES LIBERTÉS* DES ANTICLÉRICAUX BRÉSILIENS
7 avril 1875.
Le Brésil, république à roi, située aux environs de Buenos-Ayres, république à président, possède, comme sa voisine, tout le personnel de ministres, d'ora^teurs et de gens de lettres nécessaire à la liberté mor deme. Ces deux républiques sont très avancées en civilisation. Buenos- Ayres brûle les couvents et les églises; le Brésil n'en est encore qu'à emprisonner les évêques, mais il promet de faire mieux. En effet, ayant plus id'avocats et de gens de lettres, on peut espérer d'y voir éclater pour le moins autant de folies et de crimes. Déjà, ses gens de lettres exécutent ingénieusement de petites machines à massacrer les jésuites. Nous en avons une sous les yeux, qui vraiment ne laisse rien à désirer.
C'est un almanach anti jésuitique où l'on prouve, textes en main, que les jésuites, étant 'une secte réactionnaire, « comme le dit un illustre auteur français, M. Charles Habeneck », ont fait vœu de commettre tous les forfaits. Cela est court et fort bête, deiux
grandes 'qualités, de plus en plus répandues parmi les lettrés brésiliens, qui les communiquent, suivant leur mission, ordinaire, au peuple et aux grands. Point de nouveauté, point d'instruction, aiucun essai de raisonnement, rien du tout. Quelques épluchures de M. de La BédoUière et d'Eugène Sue, ramassées par un valet de pied de ces savants. Mais c'est là le comble de l'art. La nature toute seule ne donne pas la bêtise idéale et l'infirmité parfaite. Pour y arriver, il faut de l'étude.
Deux choses d^ans ce pamphlet révèlent le travail de l'ouvrier. Son almanach étant destiné à des lecteurs encore chrétiens, il y a joint un calendrier d'où il a pris soin de retrancher les saints jésuites. Ensuite, pour lui donner une autorité quelconque, il y a mis un nom d'auteiur, et il a choisi celui de M. Louis Veuillot. Almanck anti-jésuitico, fixpressamente eonfeccionado pura o povo quasi sempre victima da boa fe, por L. Veuillot. La courte préface est signée du même nom. Ce trait de drôle achevé nous dispense d'en dire davantage.
On voit assez q|u,e le poignard est bon, ! Le drôle ne nous lattribue pas sa polissonnerie uniquement pour plaisanter, jmjais pour persuader que ses citations sont authentiques, puisqu'un écrivain connu pour défendre la religion ne craint pas d'en prendre la responsabilité.
Ceci nous rappelle qu'iun gentilhomme de lettres, attaché à M. die Villemessant et qui écrit sous le nom de d'Aulnay, nous attribuait un certain livre ou journal, intitulé Colibri, dont il faisait entendre qu'il pourrait citer quelque chose. Deux mots d'avertissement l'ont fait taire. Il n'a pas rétracté sa diffamation, mais il ne la reproduira plus, du moins sous son nom de d'Aulnay. Nous pensons maintenant que peut-être le Colibri existe et 'que le brésilien en a traduit son almanach. M. d'Aulnay aurait tort de s'y fier pour reprendre une assurance qiu'il semble avoir perdue. Il serait mis à l'amende.